L'Éditorial du 21 octobre 2026
Les graves débordements commis samedi 17 octobre par des individus déchainés et pas vraiment identifiés ont totalement occulté les plus de cinq cent mille manifestants ayant défilé pacifiquement. Un mouvement démarré à l’initiative des collégiens et lycéens qui ne demandaient qu’une chose : pouvoir travailler dans des conditions matérielles décentes et surtout avoir en face d’eux des enseignants compétents et présents en nombre suffisant.
Ils n’ont pas varié d’un iota dans leurs revendications depuis plusieurs semaines. Ont-ils été écouté, entendu ? A priori non puisque la seule réponse leur ayant été apportée s’est traduite par une répression policière dont la violence à l’égard d’adolescents a largement choqué même au-delà de nos frontières. Pas de dialogue, pas de prise de conscience, un pouvoir politique sourd et aveugle. Le bilan de dix ans de macronismes est particulièrement catastrophique, même si les dysfonctionnements (euphémisme) de l’éducation nationale sont anciens.
Notre système de formation est en pleine déliquescence. Les Français qui se prennent pour le centre du monde ont toujours beaucoup de difficultés à regarder ce qui se passe ailleurs, et surtout à en tirer des enseignements. C’est un grand tort : nous sommes à la traine derrière des dizaines de pays qui forment mieux ses enfants que ne le fait l’école française. Nous sommes surclassés dans toutes les matières, tous les âges et tous les élèves, quel que soit leur niveau ou l’origine socioprofessionelle de leurs parents. Si l’on en croit l’ouvrage richement documenté et les propos particulièrement étayés d’Antoine Foucher (Pour que nos enfants vivent mieux que nous / Edition de l’Aube) « que ce soit en lecture, en mathématiques ou en science, l’école française a perdu douze à treize places en un quart de siècle ».
L’ensemble des élèves décrochent comme le montre sans ambiguïté l’évaluation TIMSS de 2023 : en classe de CM1 au moins quarante autres écoles dans le monde ont transmis davantage de compétences à leurs élèves. Dans le domaine des mathématiques et des sciences, nos enfants sont moins bons que dans la plupart des autres pays européens, quel que soit leur niveau,. « Le système scolaire français produit moins d’élèves de bons et de très bon niveau, et plus d’élèves en grande difficulté » (op.cit.) On peut, comme certains le préconisent, les affubler d’un uniforme voire procéder à la levée des couleurs dans les cours de récréation, ou même leur installer des brasseurs d’air (!) ; cela ne les rendra pas plus performants !
La compétition internationale est de plus en plus rude et exigeante. Nos jeunes ne sont plus au niveau, il en existe dans le monde plusieurs millions mieux formés. Le constat est affligeant, mais notre jeunesse n’y est pour rien. Aussi ses revendications sont-elles aussi pertinentes qu’urgentes à satisfaire. Dans leur intérêt bien sûr, mais aussi dans celui de leurs aînés et de notre pays. Car, ils sont l’avenir de celui-ci, les forces montantes qui assureront bientôt le fonctionnement de la France. Et notamment le paiement de sa considérable dette, aggravée par le coût multiforme de ceux que nous appellerons pudiquement les seniors.
Malheureusement il est à craindre que ce gouvernement peuplé d’inconnus sans vision et sans épaisseur, ce gouvernement sans majorité à l’Assemblée, ce gouvernement ne disposant d’aucune marge de manœuvres financières, ne continue à cacher son impuissance et sa médiocrité en usant de la méthode des faibles : répression et atteintes aux libertés publiques. Et cela pendant encore plusieurs mois, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau Président. Mais il (ou elle) pourra-t-il redresser une situation aussi obérée et avec quels moyens ?
Le déclassement générationnel des jeunes français est évident, comme le sont le déclassement social et économique du pays. E. Macron n’a fait qu’aggraver la situation durant 10 ans. Il nous laisse une France dans un piètre état. Et qui pour la relever ? Soyons circonspects, responsables et exigeants au moment de glisser le bulletin dans l’urne de peur que demain ne soit pire qu’aujourd’hui…
Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 21 octobre 2026
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