Les éditoriaux d'Esprit Occitanie

15 mai 2021

L'Editorial du 31 Décembre 2022

Entretenons soigneusement l’esprit des Lumières

Cette année 2023 de notre ère débute dans un monde depuis trop longtemps en proie à la violence, aux guerres, au réveil des nationalismes, à la corruption, à l’augmentation des inégalités, aux crises environnementales et sanitaires. Un monde qui baigne dans un relatif chaos, où les dictateurs sanguinaires de tous poils exercent sans retenue d’innommables exactions en s’abritant tranquillement derrière des justifications aux fondements totalement surréalistes, maniant avec beaucoup de sérénité mensonges, fake news, manipulations diverses, réécriture de l’histoire, instrumentalisation des religions, emploi éhonté de l’arme de la faim et des ressources essentielles notamment énergétiques.

Disons-le crûment, les salauds, nom plus proche que celui d’autocrates de ce qu’ils sont véritablement, tiennent le haut du pavé avec beaucoup de cynisme et de quiétude, assurés qu’ils sont d’une quasi-impunité. Laquelle leur permet d’emprisonner, de juger expéditivement, de torturer, de tuer, d’asservir leur peuple, voire d’envahir le voisin pour en faire de même chez lui. Sans oublier bien sûr de garnir considérablement et leurs comptes en banques et ceux de leurs affidés, car ces racailles agissent bien sûr en bandes organisées : la fidélité des complices s’achète grassement.

Il faut bien le reconnaître : la démocratie libérale est en recul partout dans le monde. Quand il ne s’impose pas par la ruse et le pouvoir des armes, l’attrait de « l’homme fort » exerce beaucoup de séduction sur des populations déboussolées par la marche de sociétés qu’elles ne comprennent plus et qui font d’elles des perdantes sans espoir, financièrement, socialement, trop souvent abandonnées par l’idée même de Justice. Des populations devenant dès lors des proies faciles pour les marchands de rêves, pour les charlatans populistes de droite comme de gauche qui exploitent leur détresse et surfent sur la vague de leur désespérance pour gagner le pouvoir.

Triste et inquiétant constat qui doit nous rappeler que rien n’est jamais acquis, surtout pas la Liberté qui reste un luxe qui se mérite, une notion essentielle, fragile, dont il faut faire de la défense un combat permanent. Une règle que nous, Européens, avons malheureusement occultée, endormis par un espèce de laisser-aller jouisseur engendré par une période de paix et de croissance exceptionnelle. Et bien, il faut – rapidement – se réveiller, regarder de quoi le monde est fait aujourd’hui et se dire que notre enviable situation est fragile, peut-être éphémère tant elle en dérange beaucoup. A commencer par ces dictateurs que notre modèle libéral inquiète tant il peut donner des idées et des envies à leurs peuples asservis et martyrisés.

Les défenseurs des libertés qui se battent de par la planète – iraniennes, femmes afghanes, citoyens ukrainiens, démocrates russes, et tant d’autres bien connus ou moins médiatisés – méritent notre respect et notre soutien, certainement pas notre silence ou notre indifférence. Il est temps de nous souvenir que nous fûmes au 18ème siècle les « inventeurs » des Lumières autrement nommées par nos amis allemands Aufklärung. Des Lumières qui ont par la suite irrigué le Monde en s’adaptant aux pensées et circonstances locales, comme l’ont montré aux 18ème et 19ème siècle les révolutionnaires sud-américains, les réformateurs persans ou ottomans, voire les Japonais de l’ère Meiji pour ne citer qu’eux.

Bien évidemment, les Lumières ne sauraient constituer l’affirmation surplombante d’une vérité indifférente de ses lieux et conditions d’énonciation, comme le souligne le professeur Antoine Lilti dans sa leçon inaugurale au Collège de France, sinon ce ne serait qu’une injonction à la conformité. Et A. Lilti de poursuivre en prônant l’universalisme latéral à l’instar de Maurice Merleau-Ponty (« l’incessante mise à l’épreuve de soi par l’autre, et de l’autre par soi »), ou en citant Souleyman Bachir Diagne, auteur de cette magnifique formule : « l’inscription du pluriel du monde sur un horizon commun » !

Il nous faut partout et en tout temps destituer le principe de domination et « éviter à tout prix l’effondrement de nos civilisations et les guerres qui apparaissent comme les conséquences inéluctables d’un modèle de développement aberrant et deshumanisant ».      (Corine Pelluchon / Les Lumières à l’âge du vivant / Seuil). A l’évidence la situation est critique, il paraît donc urgent de faire appel aux Lumières pour trouver l’inspiration nous permettant de contrer les bouleversements qui menacent nos sociétés. Et de pratiquer non l’universalisme mais « l’universialisation » (qui elle ne se décrète pas) de celles-ci démontrant par là « que certaines idées peuvent prospérer et s’épanouir dans des contextes historiques différents, dans la pluralité des langues et des cultures ». (A.L. déjà cité)

« Les Lumières sont donc à la fois une époque, un processus et un projet. Elles sont surtout l’acte par lequel une génération, par un retour réflexif sur elle-même, cherche à faire naitre un nouvel imaginaire » ( Corine Pelluchon, déjà citée).

Que voilà un beau programme à l’orée de cette année 2023 que je vous souhaite à toutes et à tous la meilleure possible !

Edito pour Esprit Occitanie / Jacques Lavergne / Les Masseries / 31-12-22

L'Editorial du 05 Décembre 2022 

LA PRÉÉMINENCE DU SALAUD  

Ils sont partout. Ils ont toujours été partout, de tous temps.

Mais aujourd’hui, on a l’impression qu’ils se multiplient, qu’ils occupent   toujours plus nombreux le devant de la scène, au grand jour, sans vergogne aucune. En établir la liste prendrait plusieurs pages et serait inutile, tout le monde les connaît. Il suffit en effet pour la dresser presque exhaustivement d’ouvrir un journal tant ce qui se faisait autrefois discrètement, se produit à présent au grand jour.

Je ne parle pas ici du petit salaud minable qui exerce ses violences sur ses proches, femme et/ou enfants, de celui qui abuse de sa position dominante pour obtenir des faveurs sexuelles, de ceux qui prennent du plaisir à brimer plus faible qu’eux. Certes, ils méritent totalement notre mépris et nous devons fournir tous nos efforts pour les empêcher de nuire.

Non, je veux parler ici des salauds « institutionnels », ou pour être plus précis de ceux qui œuvrent à grande échelle, à la tête d’un Etat, avec les moyens qui vont avec. Ceux qui avec leurs affidés constituent le plus souvent une mafia mettant un pays en coupe réglée, le saignant économiquement à leur seul profit, en se justifiant par des pseudos arguments religieux, historiques ou politiques.

Et qui pour cela oppriment leurs concitoyens, leur suppriment toutes libertés, les violentent, les espionnent, les enferment, les contraignent, les torturent, les brisent. Ceux qui exploitent, voire tuent ou laissent mourir des émigrés désespérés démunis de tout. Ceux qui laissent crever de faim, de maladie, des populations entières enfants compris. Ceux qui envahissent les pays voisins pour les soumettre, bombardant villes, hôpitaux, immeubles, écoles, marchés, tuant indistinctement tout ce qui vit, violant les femmes, détruisant tous les équipements urbains, martyrisant une population sans défense.

Il fut un temps où les guerres voyaient s’affronter des hommes armés. Aujourd’hui certains – qu’il faut bien appeler des ordures – préfèrent massacrer les civils, les plus désarmés pour soumettre un pays qui leur résiste. Lorsque l’on sait que le viol est devenu une arme de guerre, force est d’en conclure que l’espèce humaine ne vaut finalement pas grand-chose, à tout le moins passablement ses représentants. Le mépris de la vie humaine a pris aujourd’hui des proportions totalement intolérables qui discréditent nos civilisations.

La prolifération des salauds étatiques doit beaucoup à plusieurs facteurs qui en facilitent leur maintien au pouvoir :

·        La possession de l’arme nucléaire, commode bouclier qui calme sérieusement les ardeurs de ceux qui voudraient intervenir afin de rétablir liberté et démocratie.

·        Et même sans celle-ci, quel pays possède les moyens militaires et financiers de soutenir une guerre classique, au prix de la perte humaine de certains de ses nationaux ? Sachant qu’il faut ensuite rebâtir une société sur des ruines, entre autres politiques : défi redoutable, enlisement garanti.

·        Une mondialisation économique qui rend les pays interdépendants, obligeant à modérer toute critique ou velléité d’intervention afin de ne pas rompre des chaines d’approvisionnement et bloquer le fonctionnement d’un pays, voire d’une région quand ce n’est pas de la planète.

·        Une tendance générale de beaucoup à la cécité volontaire, au repli sur soi, au nationalisme obtus, à l’individualisme forcené qui confine à l’égoïsme le plus étroit.

Mais comment en blâmer les Hommes confrontés à un monde devenu dangereux, fragmenté, incompréhensible, inquiétant ? Pour autant d’ailleurs qu’ils aient les moyens d’avoir l’information, que leur principale occupation ne soit pas de trouver de quoi se nourrir et/ou un toit pour la nuit.

Alors peut-être que ceux qui vivent dans des sociétés évoluées, structurées, paisibles et, disons-le, riches, qui sont des privilégiés (même s’ils n’en ont pas conscience) ont le devoir et la responsabilité de garder les yeux ouverts sur le monde, de parler certes en leur nom mais aussi en celui de ceux qui en sont empêchés.

Tant il est vrai que « pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de biens ». (Edmond Burke).

Mais si l’on regarde ne serait-ce que l’attitude de ces « gens de biens » durant la coupe du monde de football, doute et inquiétude sont permis.

Il est hélas bien possible que l’avenir appartienne aux salauds !

Jacques Lavergne / 5 décembre 2022 / Pour Esprit Occitanie

L'Editorial du 22 Novembre 2022 

PANEM ET CIRCENSES

Et c’est parti pour une compétition de foot dont l’on va nous rabattre les oreilles pendant des jours et des jours en occultant les dramatiques - voire humainement scandaleuses - conditions passées et présentes dans laquelle elle se déroule.

Que des gens se passionnent pour ce sport quoi de plus normal. Que certains aient envie et besoin de se détendre, d’oublier temporairement un quotidien difficile, on le comprend sans peine , il n’y a rien là de critiquable en soi.

Mais il y a des limites que l’on doit s’imposer même et surtout dans le registre du plaisir, notion fondamentale mais absolument pas vitale. Des frontières que la cohérence, la responsabilité, la décence, le respect de la vie humaine nous interdisent de franchir.

« Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce que c’est un homme, ou sinon... »

Albert CAMUS, Le premier homme.

L’organisation de cette compétition a été confiée au Qatar dans des conditions qui font planer un fort soupçon de corruption. A telle enseigne que le Parquet National Financier a diligenté une enquête au cours de laquelle ont été entendu, entre autres, messieurs Platini et Sarkozy….

La construction des équipements nécessaires à ce type d’événement a été réalisée dans des circonstances telles que des milliers de travailleurs émigrés, au statut d’esclave moderne, ont trouvé la mort sur ces chantiers ; autrement dit, on va jouer au foot sur un ossuaire. Et les droits des survivants, notamment en matière de rémunération, de couverture de santé, de vie quotidienne, posent questions.

Le pays hôte est parfaitement connu pour sa considérable propension à bafouer l’ensemble des droits sociaux, à poursuivre et punir durement l’homosexualité. Quant aux Droits de l’Homme, cette notion lui est inconnue, le mépris humain semble lui être plus habituel.

Le bilan carbone de ce mondial s’annonce d’ores et déjà catastrophique puisqu’on l’estime les rejets qu’il va provoquer à 3,6 millions de tonnes, et même 6 millions de tonnes selon l’ONG Greenly. A titre de comparaison, les émissions d’une ville importante comme Bordeaux sont de 0,7 millions pour une année entière ! Encore une compétition climaticide à l’instar de quelques autres, moult exemples en ont été donnés ces dernières années. Nous sommes dans une totale hérésie écologique au moment même où beaucoup sur cette planète cherchent des solutions pour éviter la catastrophe dans laquelle nous risquons tous de sombrer.

Comment peut-on sérieusement, raisonnablement, en conscience, faire abstraction de ce qui précède ?

Comment déconnecter le sport de ces réalités comme l’a proposé notre Président de la République, décidemment toujours aussi mal inspiré ? (Mais il est vrai que la Qatar est le 2ème exportateur de gaz au monde…). A l’évidence tous les politiques ne sont pas capables de sentiments élevés et de hauteur de vue !

Comment peut-on participer à ce type d’événement soit physiquement en se rendant sur place, soit même en toute sérénité par le truchement de retransmissions télévisées ?

L’espèce humaine est aujourd’hui sur une mauvaise pente dans bien des domaines. Si elle ne se reprend pas rapidement, nous risquons fort de connaître le pire : il est en germe dans beaucoup d’événements qui secouent aujourd’hui notre pauvre Terre !

Edito / Esprit Occitanie / 21-11-22 / JL

L'Editorial du 11 Novembre 2022 

« L’homme retrouvera la joie de la sobriété et l’austérité libératrice en réapprenant à dépendre de l’autre, au lieu de se faire l’esclave de l’énergie et de la bureaucratie toute puissante. » Yvan Illich

Pendant des années, avec une sérieuse accélération durant la période dite des Trente Glorieuses, notre vie n’a eu comme devise que le fameux « toujours plus » !

Plus loin, plus vite, plus haut. Produire toujours plus, consommer toujours plus…Une fuite en avant débridée !

Les considérables progrès des sciences, des techniques, la possibilité de disposer d’une énergie peu onéreuse et abondante auguraient de progrès sans limite.

L’aveuglement de nos dirigeants politiques plus prompts à prédire des lendemains qui chantent que des futurs difficiles (réélection oblige !) a considérablement contribué à ancrer dans les esprits que l’abondance dans laquelle certains d’entre nous vivent, serait éternelle, que cette fameuse croissance - mère de tous les possibles - serait infinie.

Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir actionné avec vigueur la sonnette d’alarme. Scientifiques et chercheurs ont depuis des années averti de ce que sans une prise de conscience rapide, l’atterrissage risquait fort d’être des plus périlleux.

Il y a cinquante ans (!), une équipe du Massachusetts Institute of Technology dirigé par Dennis Meadows, mandatée par le Club de Rome avait remis à celui-ci un rapport intitulé « The Limits to Growth » (Les limites de la croissance) démontrant de façon éclairée et pertinente que notre modèle économique nous conduisait droit à une impasse, laquelle risquait fort de s’avérer dramatique.

Aujourd’hui, ces conclusions ont largement eu le temps d’être validées, elles n’ont jamais été démenties, elles n’ont jamais non plus été prises en considération afin d’infléchir une trajectoire que tous savaient condamnée.

L’ouverture en Egypte de la Cop 27 (sponsorisée par le plus grand producteur de bouteilles plastiques à usage unique, Coca Cola !!!) a été l’occasion pour Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, de déclarer  "Nous sommes sur l'autoroute vers l'enfer climatique".

Tout contribue à démontrer qu’il est dans le vrai. Il suffit pour s’en persuader de considérer les engagements actuels des Etats. Ceux-ci limiteront le réchauffement climatique à + 2,5°, soit 1 degré de plus que la limite fixée par l'accord de Paris ! Et encore faudrait-il qu’ils soient tenus, chose sur laquelle personne n’est prêt à parier.

Lorsque l’on voit par exemple un chef d’Etat, en l’occurrence le français, traiter il y a quelques mois d’Amisch ceux qui appellent à un ralentissement de la machine, on croit rêver ou plutôt cauchemarder. Quand ce même dirigeant appelle aujourd’hui à la fin de « l’insouciance » alors que celle-ci est essentiellement celle des milieux politiques et économiques auxquels il appartient, lesquels ont soigneusement ignoré, sinon méprisé, les avertissements évoqués ci-dessus, on est en droit de se poser des questions. Incompétence, ignorance, fatuité ? Peut-être les trois à la fois….

Une chose est désormais certaine, il va falloir changer en profondeur, sans plus perdre de temps, notre façon de vivre et nos rapports avec la Planète.

Un changement dont le maître mot doit être sobriété.  

Une sobriété qui doit être le souci de tous les acteurs de la société sans aucune exception : particuliers, professionnels, entreprises, collectivités locales, et bien évidemment l’Etat dans toutes ses composantes.

Une sobriété dont les modalités doivent faire l’objet de réflexion, de débats, qui ne saurait être imposée « d’en haut ».

Une sobriété qui doit être empreinte d’un souci aigu de justice sociale.

Il y a du travail, ne serait-ce qu’en raison de la nécessité – mais ce n’est pas la seule - de faire évoluer habitudes et mentalités de nos concitoyens, défi redoutable s’il en est !!!

JL / Esprit Occitanie

L'Editorial du 13 Octobre 2022 

L’eau, une nécessité pour l’Homme. 

C’était en 1974, il y a 48 ans, une éternité !

Il s’appelait René Dumont, il était ingénieur agronome, il était le premier candidat écologiste à la présidentielle, il avait parfaitement compris vers où courrait, avec une profonde inconscience et une grande constance, l’Humanité : tout simplement à la catastrophe.

Devant les caméras et durant la campagne, il avait posément bu un verre d’eau avec ce commentaire limpide : « Nous allons bientôt manquer d’eau, c’est pourquoi je bois devant vous un verre d’eau précieuse puisqu’avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera ».

Prévision juste, et si l’on en doutait, il n’est que de regarder dans le monde les tensions et les conflits générés par soit le manque d’eau, soit son appropriation par certains au détriment d’autres. 

Une eau devenue une denrée rare, indispensable à la vie de l’homme qui en est issu. Une eau qu’il n’a eu de cesse de polluer, de gaspiller à tort et à travers, de monnayer, comme si cette ressource était inépuisable. Force est de constater que cela n’est pas le cas à l’instar de toutes les ressources naturelles de la planète dite « bleue ». Les sécheresses qui nous accablent depuis quelques années, et qui vont s’accentuer tant en durée qu’en intensité,  commencent – peut-être – à faire prendre conscience à certains qu’il y a urgence.

Il est à présent impératif de soigner la qualité d’une eau aujourd’hui fortement souillée et dégradée par des polluants de plus en plus concentrées. La carence des pouvoirs publics est de plus en plus patente, leur responsabilité de plus en plus écrasante. « On a les moyens de réduire les conséquences négatives sur l’hydrologie de notre territoire en diminuant fortement nos émissions de gaz à effet de serre » Florence Habets, hydroclimatologue, directrice de recherche au CNRS.

Alors qu’attendez-vous mesdames et messieurs les Politiques, vos discours creux et oiseux, votre unique souci du « court termisme », celui de soigner vos clientèles respectives, nous sont aujourd’hui de nulle utilité face aux périls environnementaux qui nous menacent.

Pour mieux cerner la problématique de l’eau quelques données chiffrées (parmi tant d’autres) permettent de mieux saisir les choses :

·        Les usages de l’eau en France se répartissent globalement en quatre secteurs : eau potable 20,5 % ; industrie 4 % ; production d’énergie 30,5 % ; 45 % agriculture.

·        Dans le monde, on consomme en moyenne 137 litres d’eau potable par jour et par personne, 148 litres en France, dont seul 1 % de cette eau potable est bu.

·        Un robinet qui fuit peut faire perdre jusqu’à 120 litre d’eau par jour, une chasse d’eau 600 litres.

Et puis et surtout, il faut prendre en compte l’eau douce nécessaire à la production de nos biens de consommation :

·        En prenant en compte cette « empreinte eau consommation », chaque français a une empreinte eau de 1 875 m3 par an, soit 5 000 litres/jour.

·        La viande rouge représente plus d’un tiers de l’empreinte eau de nos aliments ; celle d’un kilo de bœuf est de 500 à 700 litres d’eau (source INRA)

·        Produire un kilo de coton nécessite 5 263 litres d’eau….

Bien évidemment, il faudrait également parler du colossal problème constitué par les fuites d’eau dans les réseaux de distribution…. ; et ne pas se contenter d’une vison franco-française de cette question majeure pour la survie déjà menacée de nos civilisations, voire de toutes les espèces peuplant la planète, dont la nôtre !

Ne la sous estimons pas ; ne la négligeons pas. Sinon le prix de notre désintérêt et de notre désinvolture sera exorbitant.

 Jacques Lavergne / Radio WEB Esprit Occitanie

Pour aller plus loin, parmi beaucoup de publications, l’on peut commencer par :

·        Le 1 , Une France sans eau ; N° 412

·        Erik Orsenna, La Terre a soif ; Fayard

L'Editorial du 10 Août 2022 

L'Effondrement ?

« C’est une triste chose de songer que la nature nous parle et que le genre humain ne l‘écoute pas »
Victor Hugo

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers les feux qui dévorent les forêts françaises bien aidés en cela par des chaleurs caniculaires qui accentuent la sécheresse. Bien loin de chez nous , la Corée du Sud enregistre ses plus fortes pluies depuis cent quinze ans. Nous pourrions multiplier les exemples similaires, tous démontrant que les équilibres fragiles qui ont permis une vie relativement agréable sur cette planète sont gravement affectés et bouleversés par l’action de l’homme.

Et au moment où beaucoup prennent leurs vacances estivales sur les côtes, il est bon de rappeler qu’il en a va de même des mers et des océans.
L’homme a consciencieusement ravagé les terres émergées, mais ses immenses étendues d’eau où la vie primitive est apparue n’échappent malheureusement pas à son action néfaste. Les océans couvrent plus de 70% de la planète, ils nous nourrissent, absorbent une bonne partie du CO2 produit par les activités humaines, ils régulent le climat et la température de la Terre.

Mais aujourd’hui ils sont gravement menacés : pollution sonore, chimique et plastique (cf. Coca-Cola, leader pollueur de Laura Mulholland jusqu’au 23/10 sur ARTE) ; acidification ; pêche illégale voire pillages industrialisés des stocks halieutiques, dégradations provoquées par le chalutage de fond ; perte d’habitat et de biodiversité ; réchauffement accéléré ; bouleversement des grands courants marins, tel le Gulf Stream, indispensable à la régulation de notre climat européen.

Bref, « l’océan vit une crise très grave » comme le constate Sébastien Unger de l’Institute for Advanced Sustainability à Postdam (Allemagne). L’ONU a déclaré un « état d’urgence » des océans par la voix de son Secrétaire Général, Antonio Guteres. Le pacte de Glasgow pour le climat, signé à la COP26 en novembre 2021, a érigé en priorité le réchauffement et l’acidification des océans. La conférence sur les océans qui s’est tenue en juin 2022 à Lisbonne a tenté de fixer les caps d’une économie de la mer durable et fondé sur la science. Bref, des initiatives existent, il faut les saluer, mais seront-elles suffisantes, pourront-elles produire des effets bénéfiques dans des délais brefs ? On voudrait pouvoir l’espérer, mais…..

Aujourd’hui des menaces inquiétantes pointent à l’horizon. Non pas qu’elles soient nouvelles mais leur intensification, leur systématisation, le déploiement à leurs services de technologies de plus en plus pointues, les rendent extrêmement préoccupantes : extraction minière dans les grands fonds, pêche industrielle, transport maritime, câbles sous-marins….. Depuis trente ans les activités humaines se développent massivement et font des ravages dans les océans où la réglementation est quasi inexistante, et où l’anarchie règne. Seules les ZEE (zones économiques exclusives) qui s’étendent à 200 miles nautiques à partir du littoral (370 kilomètres) font exception à la règle puisque chaque pays peut réguler l’activité qui s’y déroule. Encore faut-il qu’il y procède avec le souci de protéger le milieu, car, disons le, le développement durable des océans est quasi impossible.

Pour le reste, c’est à dire les « zones ne relevant pas de la juridiction nationale », soit les deux tiers des océans, on peut tout craindre en l’absence de cadre normatif clair, contraignant et….respecté. Mais comment ne pas craindre le pire, lorsque la concurrence s’accentue sur les sols et que les ressources terrestres s’épuisent. Les gouvernements et les entreprises lorgnent de plus en plus ouvertement vers la haute mer et le plancher océanique siège, notamment, de nodules polymétalliques, comme le manganèse utilisé notamment dans les batteries. Ruée sous-marine vers l’or et exploitation éhontée, maximale, sans aucune considération pour l’environnement, garanties !

Jusqu’où ira l’Homme dans sa folie de puissance, dans son désir d’assouvir sa concupiscence pour les biens matériels et l’argent ? Peut-être jusqu’à provoquer l’extinction de nos civilisations voire de l’espèce humaine…

Jacaques Laververgne
Espritr Occitanie

L'Editorial du 06 Juillet 2022 

L'Inflation

Voilà un mot que nous avions relégué depuis longtemps au cimetière des mauvais souvenirs, un mot qui fait un retour en force, je veux bien sûr parler de celui d’inflation. Son retour nous renvoie brutalement 40 ans en arrière en des temps que beaucoup n’ont pas connus. Un retour que l’on peut attribuer vraisemblablement à une guerre en Ukraine qui provoque une pénurie relative de certains produits et donc une hausse des prix ; et aussi certainement à un monde en perpétuelle surchauffe, surtout depuis la presque fin du Covid, qui est agité par une demande toujours croissante. Mais pas que !

Si l’on en croit les chiffres, l’inflation serait de 8,3% aux USA et de 7,4% dans la zone euros, mais seulement de 4,8% en France. On pourrait s’en féliciter si l’on ne se doutait pas que ce chiffre qui pourrait paraître heureux, n’est dû qu’au blocage des prix de l’énergie par l’Etat. Ou pour le dire autrement, par le fait que ce sont les finances publiques qui assument le différentiel de prix. Politique qui accroit donc la dette publique, nos enfants, qui devront l’assumer un jour, vont adorer… Sans parler bien sûr du chèque alimentaire mensuel au profit de foyers modestes, voire du triplement de la « prime Macron » qui va augmenter l’addition !

Mais n’y aurait-il pas des causes plus structurelles dans la crise actuelle, outre les événements cités plus haut, auxquels on peut joindre la déformation de la structure de la demande mondiale des services vers les biens ? C’est en tout cas ce que soutient l’économiste Patrick Artus qui pointe le vieillissement démographique – un retraité consomme mais ne produit pas, déséquilibrant ainsi production et consommation, ce qui générerait de l’inflation - .  Mais aussi la transition énergétique qu’il considère comme source d’inflation, en ce que l’électricité dite « verte » coûte plus cher à produire que la « brune » et que la transition va imposer des investissements énormes qui auront nécessairement un impact sur les prix. Mais une transition qui créera des emplois ce que Arthus ne dit pas !

Cette inflation à laquelle nous ne sommes pas préparés va-t-elle avoir pour conséquence une remontée des taux d’intérêt ? S’ils venaient à grimper de 3 % cela provoquerait mécaniquement une augmentation des intérêts de la dette française de 90 milliards par an, donc un appauvrissement de l’Etat. Et une baisse de la demande en général. Est-ce à dire que cette inflation largement importée et exogène va se transmettre à tous les prix, salaires compris, au risque d’un emballement général ?

La politique suivie par le gouvernement est-elle la bonne ? Ne vaudrait-il pas mieux faire en sorte qu’il y est plus d’actifs sur le marché du travail, ce qui implique soit de recourir à une émigration massive, soit de repousser l’âge de la retraite ? Des solutions bien sûr très marquées politiquement. Egalement ne faudrait-il pas privilégier une coordination des états européens afin de gérer collectivement les raretés plutôt que de voir chaque Etat jouer « perso » ? Ainsi que de développer plus rapidement des énergies décarbonées pour contrer la décroissance des énergies fossiles ?

Ou bien aller chercher de nouvelles recettes, simplement (!) en s’attaquant aux paradis fiscaux et à l’évasion fiscale…

Mais l’on sait aussi que toutes les manettes ne sont pas entre les mains des dirigeants européens, et encore moins du seul Président de la République Française. La guerre en Ukraine menée par le boucher Poutine qui bouleverse profondément la planète en est un exemple ; la Chine en récession économique du fait de sa politique zéro covid en est un autre. Ce ne sont pas les seuls.

Bref, on se serait bien passé, après les difficultés rencontrées depuis deux ans, de cette fichue « inflation, impôt pour les pauvres, prime pour les riches » comme l’avait qualifiée un certain François Mitterrand. Mais ne jouons pas trop les pleureuses, nous pourrions être Ukrainiens ; ou Yéménites ; ou Afghans ; ou même Américains, Russes ou Chinois, pourquoi pas ; ou…..non stop, la liste serait trop longue !!!

Jacaques Laververgne

L'Editorial du 21 Juin 2022 

L’essor du « CBD » en France

Et si le cannabis, si controversé comme consommé en France, pouvait être remplacé par une
molécule légale ?
Le CBD, abréviation de cannabidiol, est une molécule extraite du chanvre qui connait un véritable essor depuis novembre 2020, suite à un arrêté européen. C’est une affaire judiciaire, l’affaire « Kanapave » qui est l’origine de la légalisation de cette molécule. Dans cette affaire, ayant démarré en 2014, deux entrepreneurs marseillais, Sébastien Béguerie et Antonin Cohen ont été condamnés à plusieurs mois de prison chacun pour avoir créé ‘’la première cigarette électronique au chanvre 100% légale’’. Au final, la Cour de Justice de l’Union Européenne a délibéré en novembre 2020 que le CBD n’avait pas d’effets nocifs pour la santé, contrairement au THC qui pouvait avoir des effets psychotropes et psychoactifs. Il n’était donc plus considéré comme un stupéfiant. Ce qui a donné la décision suivante : « La Cour a interdit à la France d’interdire la commercialisation du CBD ».... Tout ça pour dire avec moins d’hypocrisie, que le CBD est devenu légal en France à partir de ce moment-là, et que les deux entrepreneurs ont été relaxés. Le CBD est donc encadré par la législation suivante depuis janvier 2022 : le taux de THC (substance psychotrope) dans les produits à base de CBD doit être au maximum de 0.3% au lieu de 0.2% anciennement. La vente ou la détention de fleurs de CBD à fumer ou à infuser est maintenant interdite. Dorénavant, « Seuls des agriculteurs actifs au sens de la réglementation européenne et nationale en vigueur peuvent cultiver des fleurs et des feuilles de chanvre. »

Suite à cet événement, nous avons vu fleurir pendant l’année 2021 un nombre incalculable de « CBD shop » dans toutes les villes de France. On peut même trouver des producteurs à leurs comptes, des sites internet dédiés ou des rayons dédiés au CBD dans les grandes surfaces. Mais comment ça se consomme ? De bien des façons différentes. Les producteurs de produits à base de cette molécule n’ont pas manqué d’imagination car on peut aujourd’hui trouver des bonbons, des chewing-gums, de l’huile, des cures de compléments alimentaires... à base de CBD. Mais si on veut consommer directement les « têtes » de la plante, on peut les faires infuser en tisanes, ou pour les plus aventureux, les fumer (enfin plus maintenant depuis ce mois de janvier donc).

On peut légitimement s’interroger sur ses vertus, car ceux qui ont essayé vous diront que le gout n’est pas exceptionnel. Et en effet, des vertus, le CBD en regorge. Il a d’abord des propriétés anticonvulsives. Il a d’ailleurs été testé sur des patients atteints de deux formes graves d’épilepsie. Ce dernier permet aussi de traiter les troubles d'anxiété généralisée, d'anxiété sociale et les troubles paniques. C’est un antidouleur et un anti-inflammatoire, notamment chez les patients atteints de cancer thérapeutiques. Le CBD améliore également la cognition dans la schizophrénie, la maladie d'Alzheimer, et plusieurs maladies neuro- inflammatoires. Cette liste est non-exhaustive.

Cependant, comme toute substance, la molécule peut avoir son lot d’effets indésirables. Pour n’en citer que quelques-uns nous avons : les migraines, la diminution de la pression artérielle, des insomnies et troubles du sommeil, une diminution de l’appétit, ou encore des étourdissements et des vertiges. Là aussi, la liste est non-exhaustive.

C’est donc tout un secteur très nouveau en plein expansion. A tel point qu’en octobre, se tenait à Paris le premier salon international du CBD en France, avec de nombreux exposants et professionnels. C’est également une excellente solution pour des gens qui souffrent de divers troubles, et une alternative pour les amateurs de la version illégale de cette substance, alors que la France est le 6eme pays consommateur de cannabis au monde...

Chloé Morand Bridet
Journaliste Stagiaire
à l'ISJToulouse

L'Editorial du 1er Mai 2022 

« C’est une triste chose de songer que la nature nous parle et que le genre humain ne l’écoute pas ».
(Victor Hugo)

Pendant que la politique française bruisse de petits arrangements entre ennemis, de l&r

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