Les éditoriaux d'Esprit Occitanie

04 décembre 2023

L'Éditorial du 16 avril 2024

Les marques H&M et Zara participent à la déforestation des forêts du Cerrado au Brésil.

Une ONG, britannique Earthsight publie un rapport le jeudi 11 avril accusant les deux entreprises d’être « liés » à des activités de déforestation illégale au Brésil, d’accaparement de terres et de violence dans des plantations de coton détenues par leurs sous-traitants.

Le soja n’est pas la seule culture qui saccage les forêts du Cerrado. Les champs de coton contribuent aussi à la destruction de ce puits de carbone, qui couvre plus de 1,5 million de kilomètres carrés. Eartsight à compilé et analysé des images satellites, des décisions de justice, des registres d’expédition de produits et les résultats d’enquêtes sous couvertures. L’ONG dit avoir retracé le parcours de 816 000 tonnes de cotons. Provenants des deux plus grandes entreprises agro-industrielles du Brésil, SLC Agricola et le groupe Horita. Les familles brésiliennes qui possédants ces exploitations « disposent d’une longue liste d’infraction judiciaire », comme la «corruption» ainsi que des sanctions financière de millions de dollars.

Certification mensongère

Pour prouver que ce coton était bien utiliser par l’entreprise Zara et H&M pour fabriquer leurs vêtements. L’ONG a enquêté pendant plus d’un an. En utilisant des images satellites et des registres de livraisons. 816 000 tonnes de coton cultivé dans des exploitations du Cerrado se sont retrouvées vers huit entreprises asiatiques afin de produire des millions de vêtements. Par ailleurs, ce coton était certifié comme durable par l’organisation Better Cotton. Cette certification est censée garantir une éthique dans la production du coton. Ce qui n'est en réalité pas le cas. Selon Eartsight, elle déplore « de profondes lacunes » dans ce système de certification.

Des mesures prises

Le label Better Cotton a indiqué à Earthside qu’il « avait confié à un auditeur indépendant le soin d’effectuer des visites de vérification renforcées » à la suite du rapport de l’ONG. Les deux entreprises accusées quand à elle prennent « très au sérieux » les conclusions du rapport de l’ONG. Earthsight voit une seule solution qui est d’imposer aux entreprises de la mode de contrôler leurs chaînes d’approvisionnement et de se dissocier des exploitations nocives. Mi- mars, les Etats membres du Conseil européen ont validé une législation créant un "devoir de vigilance". Le but est d’imposer aux entreprises de l'UE des obligations dans leurs chaînes de production à l'échelle mondiale, pour protéger l'environnement et les droits humains.

Léna Baurance – Etudiante en journalisme - ISJT

L'Éditorial du 12 avril 2024

Le nouveau projet sur l’assurance chômage de Gabriel Attal

Le premier ministre Gabriel Attal a présenté son projet de loi concernant l’assurance-chômage ce mardi devant les députés Renaissance (RE). Le projet est une nouvelle réforme du chômage pour réaliser des économies, face aux chiffres d’un déficit public qui a atteint 5,5% l'année dernière.

Depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, l’assurance chômage a connu de nombreuses modifications. La semaine dernière Gabriel Attal a annoncé vouloir de nouveau la réformer. Depuis 2017 l’assurance chômage a été réformée trois fois. Le premier ministre a annoncé le 27 mars dernier vouloir demander aux syndicats des employeurs et des travailleurs d'engager de nouvelles discussions sur l'assurance-chômage en vue d'une mise en œuvre à l’automne.

Les projet de Gabriel Attal

Le taux de chômage en France a légèrement augmenté et atteint 7,5%. L’objectif d’Emmanuel Macron est de parvenir à un taux de chômage de 5% d’ici 2027. Le déficit budgétaire de la France pour l’année 2023 s’élève finalement à 5,5 %, alors que les prévisions estimaient plutôt 4,9 %. Une mauvaise surprise pour le gouvernement, qui n’avait pas anticipé un niveau si élevé. Le président cherche un moyen pour le réduire en créant une incitation au travail.

Pour ce nouveau projet sur l’assurance-chômage le Premier ministre a déjà tracé un plan qui envisage une réduction de plusieurs mois de la durée d'indemnisation (déjà réduite de vingt-quatre à dix-huit mois lors de la réforme précédente), une proposition suscitant l'opposition de plusieurs membres de son propre camp. Gabriel Attal annonce également une extension de la période d'affiliation (également prolongée ces dernières années) et une diminution du montant des indemnités. Cependant, Gabriel Attal a admis que cette dernière option était moins préférable.

Une réforme mal accueillie

Face à cette réforme sur l’assurance chômage le Premier ministre risque de ne pas mener à bien son projet. La possibilité d’une motion de censure n’est pas exclue et la France Insoumisse est prête à en déposer une affirme Eric Coquerel, député et président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Les Républicains semblent eux aussi prêts à déposer cette motion de censure. La Présidente de l'Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet, a émis des réserves sur France Info concernant la proposition du gouvernement de réduire la durée d'indemnisation du chômage afin de réaliser des économies. Suite aux nombreuses réformes, la Présidente de l'Assemblée Nationale a déclaré « il n’est pas forcément de bonne méthode de réformer aussi rapidement, à nouveau, un point majeur sans qu’on ait pu regarder les effets produits par la précédente réforme ».

Pour atténuer les tensions, Gabriel Attal a annoncé mardi dernier qu’il présentera la semaine prochaine sa trajectoire budgétaire. L’objectif du Premier ministre est clair, il souhaite atteindre 3% de déficit en 2027 afin de désendetter le pays. Le programme de stabilité doit être soumis lors du Conseil des Ministres le 17 avril. « Et fin juin, comme tous les ans, on dira comment on y arrive, avec les recettes et donc les conclusions de cette mission, mais aussi avec les dépenses et notamment les économies structurantes et intelligentes », déclare le Premier Ministre à moins de deux mois avant les élections européennes.

Maëva FELTZ – Etudiante en journalisme - ISJT

L'Éditorial du 25 mars 2024

UN SCRUTIN CRUCIAL

Les élections européennes approchent comme en témoigne l’agitation des partis politiques. Lesquels commencent à nous resservir leurs discours stéréotypés habituels, leurs petites manœuvres d’appareil ; nous assistons au traditionnel jeu de chaises musicales des candidats à la candidature, prêts à tout pour obtenir une place en position éligible sur les listes de leurs partis.

Cette élection ne saurait se transformer en un référendum anti Macron voire en une répétition générale de la prochaine élection présidentielle même si certains rodent déjà leurs slogans de campagne. Notamment un certain Mélenchon qui tente de nationaliser ce scrutin tout en lâchant quelques phrases qui doivent être douces aux oreilles du dictateur Poutine !

Elle ne saurait être non plus un tremplin pour le Rassemblement National, un parti dont les élus sont très peu présents à Strasbourg, tant dans l’hémicycle qu’en commission, et y travaillent médiocrement. Tout en tapant sur la Maison Europe, en la critiquant à tous moments sur tous les sujets, tenant au parlement européen un discours plus que droitier, et un tout autre très apaisé et consensuel au plan national. Bref, un parti qui est tout sauf en capacité de gouverner de façon responsable dans un monde protéiforme : ce n’est pas avec des pseudos solutions simplistes, hors sol et datées, teintées de populisme rance, que l’on fait face à des situations complexes aux évolutions incessantes et rapides.

A écouter les uns et les autres, l’on a nettement l’impression qu’il s’agit d’un scrutin purement national marqué par des enjeux strictement français. Et l’on se demande où est l’Europe dans tout cela. Qui va enfin se démarquer, prendre de la hauteur, élever le débat, nous parler de l’Union européenne, de son fonctionnement bien sûr à parfaire, de ses grands objectifs, de ses risques, de ses opportunités, de ses valeurs ?

S’enliser dans des visions uniquement nationales constituerait une grave erreur. Singulièrement au moment où ce monde à l’avenir difficilement lisible devient de plus en plus dangereux, où la guerre se rapproche de nos frontières, où la Chine a ravi à l’Union Européenne sa place de numéro 2 sur la scène internationale tout en continuant à mener un combat âpre et sans concessions avec les Etats Unis au comportement malheureusement un peu trop erratique. Un duel dont nous ne sommes que les spectateurs et peut-être les victimes si nous persistons à manquer de discernement. La rivalité sino-américaine a pour théâtre la propagation technologique et la dégradation environnementale : toutes choses que nous ne maitrisons absolument pas.

Les Européens, et en particulier les Français, doivent réaliser que nous ne sommes plus au centre du jeu depuis longtemps. Il est temps que les Européens se débarrassent de leur naïveté, de leur discours optimiste sur la mondialisation, et en arrivent à un réalisme pragmatique.

« Nous faisons comme si tout le monde voulait adopter notre mode de vie, nous répugnons à admettre que la politique internationale est un rapport de force avant d’être un débat d’idées. Dans la compétition cognitive, l’impact des modèles dépend moins de leur pertinence que du poids de celui qui les impose ».  Thomas Gomart / Directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI)

Les enjeux qui nous attendent sont fondamentaux : soyons à leur hauteur !

NB : Signalons tout de même l’affaire des assistants du FN/RN au Parlement européen : Marine Le Pen et 26 autres personnes seront jugées à l’automne 2024 pour détournement de fonds publics, accusées d'avoir salarié avec des fonds européens des collaborateurs qui travaillaient en réalité pour le Front national.

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 24 mars 2024

L'Éditorial du 02 février 2024

ALORS, HEUREUX ?

La crise agricole que nous venons de vivre est extrêmement révélatrice de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui nos sociétés dites « modernes ». Et ce qui l’est encore plus est certainement les solutions proposées par le pouvoir politique pour se sortir de l’impasse économique et sociale provoquée par la révolte des agriculteurs.

Les enseignements à tirer de cette crise sont véritablement protéiformes et l’on peut remercier nos paysans d’avoir porté le fer dans la plaie même si pour eux le résultat leur paraît satisfaisant alors qu’il va se révéler à terme catastrophique et qu’ils en seront les premières victimes.

Les conditions de vie sur cette planète sont en train de se modifier à grande vitesse. Sous l’influence d’humains toujours plus nombreux, la Terre et ses grands équilibres naturels permettant une vie possiblement facile, se transforment avec ampleur et rapidité à tel point que les spécialistes nomment cela « la Grande Accélération ». Les manifestations inquiétantes et alarmantes se multiplient : trou dans la couche d’ozone, climat en surchauffe, biodiversité qui s’écroule, pollutions globalisées, démographie galopante. Et toutes les conséquences dramatiques qui en découlent, se conjuguent, se multiplient, s’interpénètrent, puisque tout se tient comme dans tout système complexe et sophistiqué. Bref le château de carte menace de s’écrouler et nos civilisations avec.

Face au désastre qui s’annonce, comment réagit l’homo sapiens dont la survie est en jeu ? De façon bien curieuse à vrai dire, puisqu’il oscille soit entre refus d’une réalité que des esprits éclairés et ouverts dénoncent depuis quelques soixante ans, soit en considérant que les conséquences ne seront pas si terribles, ou même en espérant que la science et la technique (qui justement nous ont conduit où nous en sommes rendus) vont nous sauver. Habituelle pensée magique des cornucopiens ! Certains même appliquant la vieille maxime des cyniques indifférents et irresponsables « après moi, le déluge… ».

Nos sociétés ont été au fil de ces dernières années modelées, et l’inconscient des individus avec, par le discours sur une technique qui asservit l’individu plus qu’elle ne le sert, par une recherche effrénée du productivisme et donc du profit l’œil fixé sur le fameux et incontournable PIB, par le détournement des pensées de l’Homme vers le divertissement sous toutes ses formes, par une addiction mortifère pour la violence. Il va falloir rapidement envisager une autre façon d’être au monde, redescendre des nuages où nous planons béatement pour certains, durement pour beaucoup.

Nos agriculteurs font partie de cette dernière catégorie ; certes ils ne sont pas les seuls mais ils ont la particularité de cumuler les inconvénients. Subissant un changement climatique qu’ils contribuent à accélérer par leurs pratiques professionnelles, contraints de manipuler des substances chimiques dangereuses (qui nous impactent aussi), obligés à produire toujours plus sans percevoir la juste rémunération de leurs considérables efforts, pions d’un système économique qu’ils ne maitrisent nullement mais dont certains tirent les ficelles pour leur plus grand profit (gros agriculteurs, industrie alimentaire, coopératives géantes…). Ils avancent plombés par des engagements financiers qui les étouffent, survivant chichement plus que vivant.

Ils sont l’avant garde d’une société qui va craquer de plus en plus vite sous la pression d’individus au mal être social et économique persistant, conscients de la dégradation de leur situation, légitimement inquiets pour celle de leurs descendants et qui ne voient personne leur apporter de véritables solutions conduisant à un mieux être. Situation sur laquelle surfent les habituels vendeurs de rêves, les populistes de tout bord, qualifiés d’extrêmes sur l’échiquier politique, adeptes de recettes simplistes et étroites censées répondre à des problèmes complexes et globaux. Mais surtout désireux de servir leurs intérêts personnels, leur goût pour la domination et l’exclusion de tous ceux qui refusent leur pseudo vision étriquée de notre avenir. Personnages dangereux tant comme l’avait écrit Voltaire, « ceux qui peuvent vous faire croire en des absurdités, pourront vous faire commettre des atrocités ».

Et justement, face à la révolte de nos campagnes quelle fut la réponse du gouvernement (et qui sera celle donnée à ceux qui vont revendiquer à l’avenir) ? Celle de petits politiciens, plus adeptes du court-termisme et de la communication lénifiante, que du souci des agriculteurs et de la population de ce pays. La perpétuation d’un système économique aussi aberrant que dangereux pour la planète, le mépris de l’environnement (et de la santé des français, agriculteurs compris) confinent à l’irresponsabilité. Nous sommes mal gouvernés par des gens qui gèrent le pays à la petite semaine, comme d’ailleurs ceux qui les avaient précédés. Considérons toutefois que dans le monde, hélas et malheureusement, il y a pire politiciens que les nôtres : comme le défunt Daniel Johnson, premier ministre du Québec dans les années 1960, se plaisait à dire « Quand je me regarde, je me désole; quand je me compare, je me console ».

Piètre réconfort il est vrai, mais par les temps qui courent, les malheurs du vaste Monde nous contraignent à rester modestes quant à nos aspirations ! Mais toujours inquiets (euphémisme) quant à l’avenir de l’Homme sur cette planète, tant sa propension à scier la branche sur laquelle il est assis paraît irrémédiable.

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 2 février 2024

L'Éditorial du 29 Janvier 2024

RÉVOLUTION OU JACQUERIE ?

« C’est une révolte ou une révolution » ? Une jacquerie tout au plus que le gouvernement et son premier ministre – comprenez l’omniscient et l’omniprésent Emmanuel Macron – vont désamorcer grâce aux recettes habituelles : du cynisme, des mots aussi ronflants que creux, un peu d’argent et beaucoup de promesses qui n’engagent à rien et/ou sacrifieront  l’environnement, question à l’évidence existentielle pour nous tous. Et pourtant s’il est une profession qui est en souffrance, c’est bien celle des agriculteurs.

Laquelle recouvre sous cette même appellation des réalités humaines, économiques, sociales bien dissemblables. Métiers pluriels (éleveurs, cultivateurs bio ou pas, viticulteurs…), générations différentes aux aspirations qui le sont aussi, géographie et climatologie diverses, et surtout des tailles d’exploitations sans commune mesure engendrant des intérêts et des contraintes qui n’ont rien d’identiques.

Mais pour la plupart, endettements colossaux, revenus dérisoires, heures travaillées considérables, dont une partie importante consacrée à une paperasserie délirante et tatillonne, concurrence déloyale de produits en provenance de pays qui sont très loin d’imposer les mêmes sujétions à leurs agriculteurs, suicides à répétition, main d’œuvre introuvable, manipulation de substances chimiques dangereuses, gigantesques coopératives agricoles dominatrices pour ne pas dire esclavagistes, industriels de l’alimentation et de la grande distribution engrangeant leurs profits sur leur dos, premières victimes des modifications du climat (sécheresse de plus en plus prononcée, eau rare, précipitations brutales et ravageuses…), en première ligne de l’incontournable transition écologique. N’en jetez plus !

Prisonniers d’un modèle économique aberrant né durant les « trente glorieuses », où le productivisme absolu fut la règle, modèle soigneusement entretenu par un syndicat – la FNSEA aux mains d’industriels du secteur poussant au toujours plus – régnant en maître sur la profession et faisant la pluie et le beau temps au ministère de l’Agriculture, beaucoup de nos paysans souffrent. Leur vie est dure, ingrate parfois désespérante, souvent sans respect ni reconnaissance. Il n’est pas certain qu’ils les acquerront au moyen de dégradations sauvages et inacceptables des biens publics, jusqu’ici tolérées par un pouvoir incapable d’imaginer des solutions novatrices et pérennes, corseté qu’il est dans une vision du monde datée, figée voire étroitement partisane. 

Contrairement à ce que certains laissent complaisamment entendre , écologistes et agriculteurs ne sont pas en opposition : ils ont bien au contraire beaucoup de choses à se dire. Certes dérangeantes pour une FNSEA défenseur des grandes exploitations quasiment industrielles, mais aussi pour un pouvoir adepte du libéralisme à tous crins et qui veut ignorer les problématiques environnementales qui représentent une menace des plus sérieuse pour l’ensemble des populations.

Au moment où la France connait de sérieux défis à surmonter, il n’est pas certain que ce soit avec des gouvernants sans vision prospective élevée que nous y parviendrons. La situation exige mieux que de prétentieux intendants aux commandes !

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie /  29 janvier 2024

L'Éditorial du 04 Décembre 2023

Jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand la communauté internationale va-t-elle accepter de soutenir l’expédition punitive menée par Israël dans la bande de Gaza ? Jusqu’à quand les Israéliens vont-ils soutenir cette guerre absurde dont des civils parfaitement innocents payent le prix en mourant par milliers ? Jusqu’à quand va-t-on supporter de voir une bande de terre surpeuplée et dénuée de tout et surtout de l’essentiel - eau, nourriture, médicaments – bombardée  jusqu’à ce que tous ses bâtiments ne soient que ruine ?

Jusqu’à quand Netannyahou va-t-il poursuivre cette action militaire se transformant au fil des jours en crime de guerre, alors qu’il n’a aucune stratégie politique alternative à proposer, et que l’on sait bien que son seul but est aujourd’hui de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir, échappant ainsi à la Justice de son pays qui l’attend avec impatience ? Jusqu’à quand va-t-on permettre aux colons israéliens, soutenus par l’extrême droite ultra religieuse au pouvoir, de grignoter et d’occuper illégalement le territoire palestinien de Cisjordanie en tuant en toute impunité ceux de ses habitants qui tentent légitimement de s’y opposer ?

Jusqu’à quand les Etats-Unis vont-ils supporter les exactions commises par ce pays qu’ils arment et supportent financièrement dans d’importantes proportions ? Jusqu’à quand Israël va-t-il poursuivre dans cette voie qui  conduit à une impasse, cette voie qui consiste à marginaliser le peuple palestinien et à ignorer la solution à deux états, prônée depuis si longtemps par tous les observateurs avertis ? Jusqu’à quand ce pays va-t-il poursuivre ce qu’Elie Barnavi, parfait et incontestable connaisseur de la situation (historien, essayiste, chroniqueur, diplomate, ambassadeur israélien, professeur émérite d’histoire de l’Occident moderne à l’université de Tel Aviv), a récemment qualifié de « politique imbécile » ?

Jusqu’à quand la communauté internationale va-t-elle rester solidaire d’une action guerrière disproportionnée et illégitime qui la divise profondément, ravive les tensions géopolitiques, exacerbe le racisme et les antagonismes internes au pays qui la composent, et donne aux excités de tous poils l’occasion d’instrumentaliser ce conflit au soutien de leurs théories délétères?

Les israéliens sont tombés dans le piège tendu par une organisation terroriste bien soutenue et armée par des états qui mènent à travers elle une guerre contre une démocratie, des libertés, des valeurs qui nous sont chères. L’impéritie, le caractère extrême droitier et intolérant des dirigeants israéliens, ont largement contribué à créer cette catastrophe. Il est plus que temps de dire clairement et fermement « stop » à nos amis israéliens et à les aider à se sortir de ce guêpier. Pour autant qu’ils le veuillent…

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie, LA radio web / 4 décembre 2023

L'Editorial du 21 novembre 2023

Le sucre, les  Français et la Première ministre

On dirait le titre d’une fable de Molière. Mais ce n’en est pas une : en fait de fable, il s’agit là plutôt d’une tragédie, d’une triste décision, scandaleuse serait certainement un adjectif plus approprié. Une histoire qui nous est conté par cet excellent hebdomadaire dit satirique et paraissant le mercredi.

Nous savons tous aujourd’hui combien le sucre est un aliment dangereux pour la santé. Obésité, diabète de type 2, dégradation de la dentition, cirrhose du foie (le fameux syndrome du foie gras non alcoolique) la deuxième cause de greffe du foie après l’alcool : n’en jetez plus ! L’Institut national de la santé et de la recherche médicale a mené une étude sur un très large panel de Français ; résultat : boire chaque jour le tiers d’une canette de soda augmente de 18 % le risque du cancer, notamment du sein. Très gênant quand l’on sait que chacun de nos concitoyens consomme en moyenne quasiment 51 litres de soda par an.

Le Conseil des prélèvements obligatoires, une « filiale » de la Cour des comptes a proposé de prendre exemple sur l’Angleterre en instaurant une taxation dissuasive non seulement sur les boissons sucrées mais aussi sur tous les aliments trop sucrés, type confiseries ou céréales pour le petit déjeuner. Une proposition qui n’est pas passée inaperçue, au moins d’un député, le MoDem Cyrille Isaac-Sibille, qui a élaboré deux amendements en ce sens, les a fait adopter par la Commission des affaires sociales, avant de les joindre au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2024. Pour le plus grand bénéfice de nous tous et de la Sécurité sociale.

Et bien que croyez-vous qu’il se passa ? Madame Borne a purement et simplement supprimé les deux amendements prévoyant l’un de durcir la modeste « taxe soda », l’autre de l’étendre à tous les produits alimentaires transformés contenant trop de saccharose. Avant d’imposer la dite loi grâce au fameux article 49-3. C’est l’industrie du sucre qui doit être grandement satisfaite, et notamment le numéro un mondial de l’agroalimentaire, Nestlé.

Et n’allez pas penser que tout cela est dû – notamment – au fait que l’ancien responsable du lobbying de cette firme auprès de nos députés et sénateurs est aujourd’hui au cabinet de la Première ministre comme conseiller parlementaire. Vous seriez vraiment mauvais esprit !

Disons simplement que la santé publique, que notre santé – bien précieux s’il en est et aujourd’hui ô combien menacé – indiffère un gouvernement chargé de notre avenir, comme ne le passionne pas l’état des finances de notre « Sécu ». Il est inquiétant, et c’est un euphémisme, de confier nos intérêts les plus vitaux à des gens qui n’en ont manifestement rien à faire. Et qui préfère soigner les dividendes plutôt que les Français.

Jacques Lavergne / 21-11-23/ Esprit Occitanie

L'Editorial du 03 novembre 2023

LE PIÈGE

Le piège, c’est celui dans lequel Israël s’est engouffré entrainant également – mais jusqu’où ? – ses alliées et soutiens traditionnels que sont les Etats Unis et l’Europe. Tout a commencé par une intolérable provocation prenant la forme d’un insupportable massacre de centaine de civils désarmés et d’une prise d’otage d’Israéliens, un véritable crime de guerre perpétré par un mouvement terroriste, le Hamas.

Un Hamas sunnite mais instrumentalisé et armé par les Iraniens chiites (!) animés par un discours génocidaire à l’endroit d’Israël.  Un Iran qui a pour allié la Russie de Poutine, certainement très heureux de voir ce nouveau front de guerre s’ouvrir, ce qui ne peut avoir pour lui que de multiples avantages. Mais comme l’a fort justement dit Monseigneur Jean-Paul Vasco, l’archevêque d’Alger, « la violence barbare du Hamas est sans excuse mais pas sans cause ».

En effet depuis des années la politique d’Israël, qualifiée d’imbécile par Elie Barnavi, et notamment celle de son premier ministre Nétanyahou, a créé les conditions du désastre. Ce dernier, personnage contesté et sulfureux, s’est allié (pour sauver son poste et détourner le cours de la  Justice qui lui demande des comptes) à des extrémistes très droitiers notamment religieux qui sont de véritables boutefeu. Une politique qui a consisté à violer le droit international, à ignorer les résolutions de l’ONU, à pratiquer une colonisation rampante en Cisjordanie, à affaiblir et marginaliser l’autorité palestinienne, et finalement à laisser toute une population sans avenir et espoir. Là où il eut fallu travailler à un règlement du conflit dans l’esprit des accords d’Oslo, parvenir progressivement à des relations privilégiées basées sur le respect mutuel et « le partage des bénéfices de la paix ». (JL Boulanges)[1]

Les Etats Unis qui ont surarmé Israël et la politique « pousse au crime » (ibid.) de Trump (notamment à l’occasion des accords d’Abraham et de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël), la tolérance coupable de l’Europe devant les dérapages ci-dessus évoqués, ont aussi une large part de responsabilité dans la situation catastrophique actuelle. Bien évidemment Israël a parfaitement le droit et le devoir de se défendre, mais la question qui se pose aujourd’hui est bien celle-là : avec quels moyens ?

Et il semblerait que ce pays ait choisi la mauvaise réponse, la plus tentante, la plus simpliste : la force aveugle et brute au détriment d’une population civile palestinienne à son tour martyrisée et massacrée. Quant la victime devient bourreau… Avec bien évidemment le risque d’un embrasement complet de la région, un nouveau coin enfoncé entre les pays au fonctionnement démocratique et les autres, entre les pays occidentaux et ceux dits du sud global.

Poutine, les mollahs iraniens et peut-être même la Chine ont bien joué leur coup !

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 3 novembre 2023

L'Editorial du 23 Octobre 2023

Un monde toujours plus dangereux

Il est préférable d’avoir le cœur bien accroché et un moral d’acier lorsque l’on ouvre un journal ou l’on allume sa télévision. Partout ce ne sont que conflits, agressions territoriales, violation du droit, obscurantisme religieux, individus massivement déplacés, manipulations de populations déboussolés par des populistes avides du pouvoir pour le pouvoir, experts en travestissement de la vérité, et qui n’ont aucune solution viable à proposer mais jouent sur les peurs du lendemain. Et elles sont nombreuses. Le conflit qui vient de se rallumer au Moyen-Orient en est l’exemple type, une région qui n’est plus que violence, haine et rage.

Un conflit qui, après celui qui se déroule en Ukraine, nous montre en modèle réduit ce qu’est l’état du monde : une véritable jungle où règne anarchie, anomie, bruits de bottes et d’armes. Les guerres ciblent de préférence les civils, bombardés, terrorisés, exilés. La loi du plus fort, du plus cynique, du plus menteur, du plus violent, de celui qui méprise le plus la Vie, est devenue la règle, mettant à mal droits de l’Homme, démocratie, culture, humanisme, bref tout ce qui avait contribué à façonner des civilisations dont certaines ont pu être qualifiées de brillantes. L’argent est devenu la seule valeur qui ait droit de citer, et les conflits sont de plus en plus motivés par des batailles autour de matières devenant de plus en plus rares, tels eau, gaz, pétrole, métaux critiques.

Bref, une planète épuisée qui craque sous le poids de ses habitants lesquels se multiplient indéfiniment en en voulant tous toujours plus. Ce qui nous renvoie à un colossal risque : l’état catastrophique de cette Terre que nous avons saccagée avec beaucoup de cécité et de détermination en quelques dizaines d’années. Une planète qui devrait être notre préoccupation première car la détérioration accélérée de nos conditions de vie menace à présent l’existence même de l’Homme. Même si la prise de conscience de cette situation terriblement préoccupante s’étend – lentement - dans les esprits, les actes susceptibles de ralentir voire d’enrayer la catastrophe qui s’annonce, peinent (euphémisme !) à suivre.

Et manifestement le personnel politique qui devrait être à la manœuvre, n’est absolument pas à la hauteur des enjeux, certes des plus complexes. Il est surtout préoccupé par sa prochaine réélection et privilégie plus le « court termisme » et la caresse à ses électeurs que le nécessaire discours de vérité, la hauteur de vue et le courage politique. Les exemples abondent ; retenons en trois.

Régionalement d’abord, en Occitanie donc : la construction de cet énième autoroute, dit A69 qui a contre elle scientifiques et français conscients des risques écologiques. Ces derniers sont nombreux pour un bénéfice ridicule en terme d’aménagement d’un territoire : destruction de la nature et de la biodiversité, artificialisation des sols, pollution et dégagement de CO2 accrus…. Tout ce qu’il est urgent et impératif de bannir si nous voulons continuer à vivre à peu près normalement sur cette terre. « Des projets pensés il y a plus de 25 ans ne devraient même pas être considérés comme crédibles dans notre réalité de 2023 », a écrit Laurence Tubiana, négociatrice en chef de l’accord de Paris sur le climat.

Nationalement ensuite : notre eau dite potable est contaminée par des polluants chimiques types PFAS dits polluants éternels (substances poly ou perfluoroalkylées) et par des métabolites (résidus de pesticides). D’après un mail du patron de l’agence régionale de santé d’Occitanie (ARS), il faudrait privilégier l’eau en bouteille et ne plus consommer l’eau du robinet ! Plus qu’inquiétant et le mot est faible. (Cf. sur ce sujet l’article fouillé et documenté du Canard Enchainé du 18 octobre courant)

Au niveau européen enfin : la Commission a purement et simplement abandonné le projet de réformer le règlement communautaire sur les produits chimiques, une des mesures du Green Deal annoncé par sa présidente Ursula von der Leyen (candidate à sa réélection !). Effectivement, ce Pacte Vert a été progressivement amendé, affaibli, dénaturé par des Etats membres et l’aile droite du Parlement européen. Le résultat sur la santé des Européens sera terrible, un des premiers exemples a été évoqué au paragraphe précédent.

Stéphane Foucart dans un éditorial publié par le journal Le Monde (le 22/10) écrit en conclusion : « Ainsi, alors que se déploie sous nos yeux une catastrophe dont nul ne peut plus nier la réalité, aucun débat ne s’engage sur nos usages de la chimie. Frappés d’une dangereuse cécité, la plus grande part de nos responsables politiques sont prisonniers de leurs automatismes, et bredouillent inlassablement les mêmes mots-clés dont plus personne ne sait trop ce qu’ils veulent dire : innovation, technologies vertes, compétitivité, etc. » Les récents atermoiements sur l’interdiction du glyphosate en sont une illustration supplémentaire.

Si les politiques se révèlent incapables de remplir leur mandat, et donc de protéger leurs concitoyens, quoi d’étonnant à ce que certains, de plus en plus nombreux, prennent les affaires en mains. Il paraît que l’on appelle cela la désobéissance civile. Peut-être une autre forme de la légitime défense …

Jacques Lavergne / Radio Esprit Occitanie / Octobre 2023

01 octobre 2023

L'Editorial du 01 Octobre 2023

Périlleuse procrastination verte 

Sir Winston Churchill l’avait dit : « Le politicien devient un homme d’État quand il commence à penser à la prochaine génération plutôt qu’à la prochaine élection. » A cette aune-là, la France ne possède aucun homme d’Etat ou presque, et il en est de même de l’Europe où ils sont là aussi fort rares, pour ne parler que de pays qui nous sont géographiquement proches. Circonstance particulièrement regrettable et fort dommageable au moment même où la situation de la planète, tant géopolitique qu’environnementale, nécessiterait des femmes et des hommes de caractère, de culture, et de pensées prospectives élevées.

Là où il nous faudrait aux commandes des visionnaires courageux et conscients des enjeux, nous n’avons aux postes clefs que des intendants sourds aux problèmes de leurs concitoyens, uniquement préoccupés par le court, voire au mieux le moyen terme, des responsables dont le seul horizon est constitué par les prochaines élections et le renouvellement de leur mandat. Ce qui pourrait peut-être expliquer d’ailleurs la montée grandissante de l’abstentionnisme. L’exemple le plus saisissant de cette triste situation est la pause réglementaire dans la mise en œuvre des mesures de décarbonation à laquelle appellent de nombreux dirigeants de l’Union Européenne.

Le changement climatique est à l’évidence devenue une question existentielle pour les habitants de cette planète. Il s’agit maintenant, après des décennies de déni, d’atermoiements divers et variés, d’oreille complaisante aux lobbyings économiques, de louvoiements législatifs et bassement électoraux, de prendre le sujet à bras le corps, de proposer des politiques globales et à long terme nous permettant de ralentir efficacement sinon de stopper ce qui pourrait inéluctablement devenir une « catastrophe mondiale »<

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