21 février 2026
L'Éditorial du 25 septembre 2026
Après dix ans de présidence d’Emmanuel Macron, le bilan est aussi lourd qu’inquiétant : la France est considérablement affaiblie, menacée par les marchés financiers, sa voix est devenue difficilement audible sur la scène internationale, l’extrême droite est au porte du pouvoir. Un échec retentissant pour un Président dont, faute de le mieux connaitre, certains attendaient beaucoup. Son successeur - femme ou homme – va se retrouver (et nous avec) dans une situation extrêmement difficile et complexe.
La dette française atteint 117,5 % du PIB ; nous empruntons à un taux de 4,5% soit plus cher que tous nos partenaires européens ; les six premiers mois de l’année ont vu notre dette croitre de 5 milliards ; celle-ci n’est plus achetée par des investisseurs internationaux mais par des hedge funds (fonds spéculatifs) susceptibles de nous attaquer ; le service de la dette va atteindre les 100 milliards d’euros. Autrement dit, nous risquons l’étranglement financier : notre dette est de moins en moins soutenable. Certains économistes estiment à 126 milliards l’effort à réaliser en 2027 pour parvenir à stabiliser la dette d’ici à 2032. Sous peine de la voir atteindre 130 % de notre PIB en 2030.
La campagne électorale pour les Présidentielles a démarré mais sur ce sujet (comme celui de l’habitabilité de la planète pourtant existentiel pour nous tous), c’est le grand silence. Mis à part quelques propositions plus spectaculaires que techniquement pertinentes, l’on ne nous propose rien de sérieux et de documenté, ce qui n’est en rien rassurant et démontre le manque de responsabilité et de compétences du personnel politique. Pourtant le nouveau Président devra agir vite et fort. L’alternative est la suivante : soit nous faisons les réformes nous-mêmes, soit on se les fait imposer. Et nous suivrons selon toute vraisemblance le chemin pris par le Portugal et l’Espagne jadis placés dans des conditions assez similaires.
Pour soutenir la dette, il faut être en excédent primaire : nous sommes autour de 5,5 % de déficit, notre excédent primaire est de 1,5 %. Il faudra donc aller chercher 4 % de PIB. Cela se fera soit par l’impôt soit plus sûrement par une réduction des dépenses. Peut-être un nouveau pacte entre les générations : les retraités vont devoir accepter la désindexation, les actifs travailler davantage et plus longtemps. Une certitude, nous devrons tous œuvrer à l’amélioration de notre système éducatif afin de rester dans la course mondiale dont nous avons largement décroché. Les résultats de l’enquête PISA sont assez catastrophiques pour que l’on s’en inquiète sérieusement.
La « remontada », comme le dirait un certain, sera longue et pénible. Mais si l’on ne veut pas que notre pays se paupérise, si l’on souhaite que nos jeunes aient un niveau de vie au moins égal (sinon supérieur) à celui de leurs parents malgré un niveau de diplôme plus élevé, il va falloir accepter des sacrifices, rester lucides et informés, ne pas céder aux sirènes des habituels marchands de rêves, regarder la réalité en face. Et nous interroger d’une part sur notre modèle social qui n’est aujourd’hui plus finançable en l’état, et d’autre part sur notre fiscalité qui fait la part belle à certains. Et peut-être privilégier fiscalement le travail face aux autres revenus. Du moins si l’on veut que nos enfants vivent mieux que nous, pour reprendre le titre d’un essai récent d’Antoine Foucher.
Bref, il y a du travail nécessitant savoir, savoir-faire, vision à long terme, crédibilité technique et courage politique. Lorsque l’on observe les discours, les personnalités et les parcours des quarante candidats déclarés (pour l’instant), l’on ne peut s’empêcher d’avoir des inquiétudes.
NB : la kakistocratie est le gouvernement par les pires, c’est-à-dire un système politique ou organisationnel dirigé par les moins qualifiés, les plus incompétents et/ou les plus médiocres.
Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 22 septembre 2026
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