Les éditoriaux d'Esprit Occitanie

15 mai 2021

Editorial du 14 avril 2022

"Les « affaires » continuent comme
si de rien n’était, pour le plus grand malheur de la Planète..."

Il y a la guerre, que dis-je les guerres, proches ou lointaines. Il y a la marche chaotique d’un monde où les relations humaines, qu’elles soient économiques, techniques, sociales, culturelles, voire sportives, se dérèglent (euphémisme) sérieusement. Il y a nos élections qui voient s’affronter une extrême droite décomplexée, conquérante, aux théories aussi surréalistes que destructrices, et un Président sortant dont le titre d’un ouvrage récent – Le traitre et le Néant (par Davet et Lhomme, chez Fayard) – traduit assez clairement la vacuité de sa pensée associée à une gestion très « entrepreneuriale », solitaire et hors sol de la France.

Un total dilemme pour l’électeur désorienté qui se dit que, décidemment la Vème République est un système à bout de souffle, et qu’il mérite infiniment mieux que l’offre à lui proposée.

Mais, pendant tous ces bouleversements, les « affaires » continuent comme si de rien n’était, pour le plus grand malheur de la Planète, et bien sûr, et surtout, de ceux qui l’habitent. Autrement dit le réchauffement climatique, la pollution, la déplétion des matières premières qui menacent à brève échéance nos civilisations ne suscitent aucun intérêt de la part des intéressés, c’est à dire nous !

Les appels et travaux des scientifiques, pourtant de plus en plus précis et documentés, les rapports alarmants du GIEC, les inquiétudes de ceux qui sont très au fait de ces questions (comme par exemple le Shift Project), les manifestations notamment des jeunes particulièrement concernés par cette situation catastrophique, n’y changent rigoureusement rien. Ceux qui sont aux commandes, les politiques donc, persistent dans le déni, ou bien dans  une cécité volontaire politiquement confortable, quand ce n’est pas dans une médiocrité intellectuelle crasse qui ne leur permet même pas d’envisager qu’il puisse exister un problème. Sans compter ceux, industriels bien sûr mais pas que, qui tirent des avantages financiers substantiels de la situation.

Et pourtant, le sujet n’est pas neuf. En 1972 déjà, pour ne pas remonter au pertinent René Dumont notre premier écologiste, le Club de Rome avait commandé à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), dont Denis Meadows, un rapport qui a fait date, montrant que la croissance économique ne pouvait se poursuivre indéfiniment dans un monde aux ressources finies. Il prévoyait que la population, la production industrielle et de nourriture finiraient par ralentir puis reculer, contraintes par les limites de la planète – la disparition des ressources naturelles et la capacité limitée de la Terre à absorber les émissions des divers gaz à effet de serre.

Depuis cinquante ans, nous avons eu tout le temps de valider les conclusions de ce rapport qui avait très exactement prévu la situation qui est la nôtre aujourd’hui. Dans une interview récente au journal le Monde, Denis Meadows, a déclaré ceci :

« Le changement climatique, l’épuisement des combustibles fossiles ou encore la pollution de l’eau vont entraîner des désordres, des chocs, des désastres et des catastrophes. Or si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils abandonnent la seconde pour le premier. Je pense que nous allons assister à une dérive vers des formes de gouvernement autoritaires ou dictatoriales. Actuellement déjà, l’influence ou la prévalence de la démocratie diminue et dans les pays dits démocratiques comme les Etats-Unis, la vraie liberté diminue. »

Et bien regardez autour de vous : nous y sommes….

Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

Depuis cinquante ans, nous avons eu tout le temps de valider les
conclusions de ce rapport qui avait très exactement prévu la situation qui
est la nôtre aujourd’hui. Dans une interview récente au journal le Monde,
Denis Meadows, a déclaré ceci :

« Le changement climatique, l’épuisement des combustibles fossiles ou encore
la pollution de l’eau vont entraîner des désordres, des chocs, des désastres et
des catastrophes. Or si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils
abandonnent la seconde pour le premier. Je pense que nous allons assister à
une dérive vers des formes de gouvernement autoritaires ou dictatoriales.
Actuellement déjà, l’influence ou la prévalence de la démocratie diminue et
dans les pays dits démocratiques comme les Etats-Unis, la vraie liberté
diminue. »

Et bien regardez autour de vous : nous y sommes….

Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

Jacques Lavergne 

Editorial du 27 mars 2022

"La guerre de conquête initiée par Poutine concerne le Monde entier"

Elle le concerne parce que femmes, hommes et enfants, civils ou militaires, vieux ou jeunes, y sont décimés sans distinction aucune avec les moyens les plus brutaux et les plus ignobles.

Il s’agit de faire plier une population, de la mettre au pas, de tuer toute velléité de résistance, au moyen de destructions massives, « quoiqu’il en coûte » en vies humaines ukrainiennes voire russes, et d’éradiquer toute velléité de vie démocratique et libre.

Ce n’est pas parce que nous sommes trop souvent restés taisant face à de tels massacres où qu’ils se produisent (l’histoire récente en regorge hélas), qu’il faille persévérer dans cette attitude de lâche cécité, aux ressorts aussi égoïstes qu’individualistes.

Attitude qui, à l’évidence, a donné à croire à des assassins de type Poutine qu’il pouvait tout se permettre.

Il est temps de mettre au rencart les réflexes de boutiquiers, les nationalismes étroits, les racismes divers et avariés, au profit de ceux plus élevés qui ont nom humanisme, générosité, fraternité, responsabilité, quelles que soient les origines et la couleur de ceux qui en bénéficient.

Elle le concerne aussi ce Monde dans la mesure où les relations commerciales que nous entretenons avec les belligérants nous ont mis dans une totale dépendance de ceux-ci dans les domaines énergétique, alimentaire, et dans ceux inhérents à la fourniture de certains matériaux et matières premières. (dont la France voire même l’Europe sont totalement démunies – cf. le nickel pur indispensable aux batteries dont la Russie est le premier producteur mondial).

Le phénomène de mondialisation ne peut fonctionner de façon efficiente que si les différents pays ont à leur tête des dirigeants responsables et conscients des enjeux planétaires : convenons que nous en sommes très loin !

Pour rappel les exportations russes et ukrainiennes dans le seul domaine de l’alimentation représentent 80 % des ventes mondiales d’huile de tournesol, 20 % de celles de maïs, 30 % de celles de blé…

Dès lors, il faut s’attendre d’une part à de sérieuses pénuries dans divers domaines, ainsi qu’à des renchérissements substantiels des prix, et pas seulement concernant l’énergie. Les pays dits émergents, qui ont déjà du mal à se remettre de la pandémie, risquent de payer un prix très élevé de cette situation ; des famines ne sont pas à exclure.

Enfin, cette guerre concerne le Monde, et même la Planète tout entière, si l’on veut bien considérer les effets délétères qui seront les siens au niveau de l’environnement.

Elle risque de sérieusement freiner la lutte déjà timide contre le dérèglement climatique : pour se dégager de la dépendance aux combustibles russes, certains pays réfléchissent à relancer la production de charbon, de pétrole et de gaz.

Alors qu’il conviendrait à l’évidence de tirer les leçons et de la pandémie de Covid, et de cette guerre, pour construire le « monde d’après » au prix d’un changement radical des modes de fonctionnements de nos sociétés, et d’une évolution vers la sobriété dans tous les domaines.

Il faut d’urgence tout mettre en œuvre pour stopper l’agression criminelle dont sont victimes les Ukrainiens, fusse au prix de certains sacrifices que, d’une manière ou d’une autre, nous seront amenés à consentir, tôt ou tard.

Nous le devons aux Ukrainiens, à nous mêmes, à ceux des pays les plus faibles qui vont terriblement souffrir.

Alors, ne perdons pas de temps, car plus il passe, plus le prix à payer sera lourd pour le Monde entier.

Jacques Lavergne 

Editorial du 14 mars 2022

« Il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance » Thucydide.

Poutine s’est lourdement trompé, et sur la faculté de résistance des Ukrainiens – ce pays qui selon lui n’avait aucune existence réelle, ni un peuple soudé, uni, doté d’une véritable cohésion -, et sur la capacité de réaction ferme des Européens.

Il est vrai que jusque là ces derniers avaient fait preuve d’une remarquable cécité quant aux exactions de Poutine, que ce soit dans le Donbass, en Crimée, en Géorgie, en Syrie et autres lieux où cette autocrate sanguinaire et violent a sévi au cours des vingt dernières années. On ne peut pas dire qu’il n’avait pas clairement prévenu : la remarquable indulgence dont l’Occident avait fait preuve jusque là, a pu passer pour un blanc seing aux yeux du dictateur russe, ou plutôt pour un colossal aveu de faiblesse et de mollesse chez un homme qui ne comprend que la force brute.

L’Europe, toute à sa paix retrouvée, à sa civilisation policée, à son consumérisme jouisseur, a préféré détourner les yeux de la marche du Monde avec une particulière constance et un solide égoïsme. La violence, les malheurs, les combats, les populations martyrisées et déplacées, les tortures, les bombardements, les immigrés fuyant des conditions de vie intenables (euphémisme !), c’était pour les autres, c’était loin, c’était chez des « gens pas comme nous ». Et puis après tout, il fallait bien que les armes que nous leur vendions servent à quelque chose….

L’agression illégitime et de grande ampleur de l’Ukraine nous réveille, nous sort de notre torpeur, de notre assoupissement confortable : et oui, les méchants peuvent aussi s’en prendre à nous, le monde est dangereux, il évolue vite et certainement pas dans le sens que nous espérions. La démocratie et les libertés dont nous jouissons (même si aux yeux de certains inconscients nous ne serions plus en démocratie !) déplaisent aux dictateurs qui nous entourent, lesquels craignent surtout une contagion qui leur serait préjudiciable.

Tous les peuples aspirent à la liberté, à l’émancipation, à l’égalité. Alors, cette Europe gavée, sûre d’elle et donneuse de leçons, est insupportable pour beaucoup, voire même dangereuse : elle suscite de mauvaises pensées chez les peuples asservis et exploités par des potentats, souvent mafieux, qui mettent leur pays en coupe réglée au seul profit d’eux-mêmes et de leurs affidés. Ou à certains groupes religieux extrémistes qui veulent imposer leur pensée magique à tous, en commençant par créer l’enfer sur terre ; pour le paradis, on verra plus tard !

Bref, inutile de vouloir se cacher la réalité : nous sommes menacés, nous somme les acteurs involontaires d’une guerre qu’il va bien falloir assumer, et surtout gagner. Cela passe par une modification de notre état d’esprit, une vision plus claire et pragmatique des réalités de ce monde, la mise en place des moyens nécessaires à susciter le respect chez nos agresseurs et l’acceptation d’incontournables sacrifices si l’on veut continuer de vivre libres dans un environnement apaisé.

Pour l’instant, nous ne sommes pas en première ligne, nous sommes à l’arrière, mais un arrière, qui, comme on le disait en 14-18, doit impérativement tenir. Le moment est venu de couper les moyens financiers à Poutine : il faut à l’évidence se priver de l’énergie russe sous quelque forme qu’elle soit, et priver celui-ci du financement de sa guerre. Aujourd’hui, cela paraît être le dernier recours efficace, avant d’en arriver à une escalade meurtrière dont nous ne voulons pas et que nous n’avons peut-être pas les moyens de soutenir.

Un recours qui nécessitera beaucoup de solidarité entre les peuples (et pas uniquement européens) et ceux qui les composent. Nous avons menée une guerre contre un virus qui a affecté la planète : durant celle-ci, la solidarité a joué. Peut mieux faire, dira-t-on ; c’est vrai, et c’est le moment de prouver que nous sommes dignes de notre liberté, de nos régimes démocratiques même imparfaits, de nos valeurs, de nos grands idéaux.

Jacques Lavergne 

Editorial du 3 mars 2022

« Je crois à la victoire finale des démocraties, mais à une condition : c’est
qu’elles le veuillent » Raymond Aron.

L’attitude de Poutine aujourd’hui appelle de nombreuses questions, malheureusement sans réponse pour l’instant :
- Que se passe-t-il dans la tête de cet homme : irrationalité, paranoïa, naïveté accompagnée d’un absolu cynisme, idéologie à la poursuite de chimères historiques…
- Est-ce un homme seul que personne ne conseille plus mais que ses proches ont pris le parti d’encenser, de ne plus le contrarier, de lui dire ce qu’il a envie d’entendre ? Et ce pour assurer leur sécurité personnelle et celle de leurs proches.
- Est-ce le début de la fin pour lui et sera-t-il lâché par ses affidés oligarques et/ou son peuple ?

On se perd en conjectures pendant que des civils et soldats ukrainiens, des soldats russes, sont tués dans une guerre fratricide aux fondements passablement surréalistes.

Ce dictateur, traité par le Président Biden d’assassin il y a plusieurs mois –et donnons acte à ce dernier qu’il ne s’était pas trompé – a provoqué
l’inverse de ce qu’il voulait :
- Il a remis l’Otan au centre du jeu. Il a soudé les pays occidentaux et notamment les Européens qui ont eu, contre toute attente, une attitude ferme et ont manifesté unanimement une grande résolution.
- Il a fait de la Russie un état paria et un péril pour la société internationale.
- Il a mobilisé l’Ukraine qui lui oppose une résistance farouche à laquelle il ne s’attendait nullement.

Face à cette situation, on peut qu’espérer :
- que les Russes comprennent que nous ne sommes pas en guerre contre leur pays ; mais que par contre leur Président est en guerre contre le monde,
- qu’ils entendent que ce dernier ne peut continuer à supporter des agressions protéiformes : cyber à haute dose, désinformation, opérations spéciales, coercition militaire, invasion d’un pays voisin, menace tous azimuts de pays qui se mettraient en travers de sa route. Jusqu’à brandir même la menace nucléaire,
- que l’Occident accepte et intègre que sa lutte contre Poutine nécessitera des sacrifices, notamment financiers.

La Chine reste taisante, observe la situation avec intérêt, pense certainement à Taïwan qu’elle rêve d’envahir, mais est peut-être rendue prudente par la vigueur inattendue jusque là de la réaction occidentale.

Poutine, qui n’aspire qu’à rétablir la grandeur de l’Union soviétique, est à la tête d’un bilan interne désastreux : il a fermé tous les espaces de liberté, il a sacrifié l’économie, la société, le niveau de vie de ses concitoyens, l’innovation, la culture, le rouble… Tout cela pour surarmer à grand frais le pays ( 3,8% d’un PIB quasiment égal à celui de l’Espagne consacré au budget militaire – un record !), organiser une espèce d’autarcie financière pour tenir face aux sanctions prévisibles, et constituer une garde rapprochée de quelques richissimes russes qui lui doivent tout et placent l’essentiel de leurs avoirs à l’étranger.

La Russie n’exporte plus que des oligarques et des mercenaires.

Mais aussi ce pétrole et ce gaz dont nous sommes si friands et demandeurs – voire dépendants - ce qui fait de nous les banquiers des guerres de ce dictateur.

Comme l’a dit un dirigeant européen : « la Russie, c’est une station d’essence avec des missiles nucléaires » !!!

Jusqu’à quand allons nous accepter de passer à la pompe dans de pareilles conditions ?

L’invasion d’un pays de 44 millions d’habitants, démocratique et souverain, est sans précédent depuis 1945.

Le signe est clair : c’est à la démocratie qu’en veut Poutine, à notre modèle de société, à notre liberté.

Il est vital de la défendre, cela aura un prix… « quoi qu’il en coûte… », vous connaissez la formule !

« Je crois à la victoire finale des démocraties, mais à une condition : c’est qu’elles le veuillent » Raymond Aron.

Nous devons le vouloir !

Jacque Lavergne

Editorial du 25 Février 2022

Ainsi ce monsieur Poutine se révèle au grand jour...

Monsieur Biden avait largement prévenu ; on l’avait taxé d’alarmiste à la recherche d’une médiatisation voire d’une dramatisation destinée à détourner les regards de sa politique intérieure.

Il semblerait que les services de renseignements américains soient toujours aussi performants !

Ainsi ce monsieur Poutine se révèle au grand jour bien être ce que nous ne voulions pas voir qu’il est : un dictateur, menteur, brutal, assassin, oppresseur de son peuple, comme tous ses pareils, rien de nouveau sous le soleil.

Il récrit l’histoire et dépeint la réalité sous le jour qui lui convient le mieux afin d’auto justifier ses exactions. Même si le tableau qu’il dresse est absurde et ne correspond en rien à la situation géopolitique de cette partie du monde : non, aucun pays européen ou autre n’avait projeté de nuire à la Russie ; non, l’Ukraine n’est pas une menace pour cette dernière, ce n’est qu’une démocratie qui essaye de survivre sous la menace permanente de Poutine. Laquelle se traduisait jusqu’ici par des grignotages à la marge de territoires et des cyber attaques de grandes ampleurs.

Mais le danger que l’Ukraine représente pour ce dictateur, comme pour tous ceux de son engeance, est pourtant bien réel. Deux mots le définissent : liberté et démocratie. Une contagion que manifestement il craint pour son pays et son pouvoir. A quoi s’ajoute dans son esprit - certainement quelque peu « dérangé » - une détestation de l’Occident et de son mode de vie pour lesquels il nourrit le plus grand mépris.

Les Européens regardent cette guerre sale, qui s’annonce longue et dont personne ne peut dire où et quand elle prendra fin, avec effroi et impuissance. Celle justement de ceux qui ont toujours cru qu’ils vivaient dans le monde des « Bisounours », que les conflits armés c’étaient pour les autres.

Et qui se retrouvent brusquement à la merci, à leur porte même, d’un être violent, armé, imprévisible car à des années-lumière de notre mode de fonctionnement intellectuel. Un  dirigeant de type sociopathe qui n’hésite pas à violer toutes les règles de droit, à envahir un (ou des) pays libres, à en massacrer les habitants, à faire tuer ses propres soldats au service de son envie, de ses ambitions, de ses pulsions, d’une vision du monde datée.

Du coup l’OTAN, que notre visionnaire Président Macron avait déclaré en « état de mort cérébrale », reprend du poil de la bête et se repose une énième fois la question d’une défense européenne structurée et opérationnelle.

Et en France, en pleine campagne électorale à l’intérêt plus que limité compte tenu de la médiocrité du débat, certains des prétendants au poste suprême se trouvent quelque peu gênés aux entournures : dame, cela fait des années qu’ils encensaient le dictateur moscovite, qu’ils s’affichaient avec lui, quand ils ne bénéficiaient pas de ses largesses financières.

Et puis, il y a ces anciens dirigeants, type Fillon (mais il y en a bien d’autres), qui émargent dans les conseils d’administration d’entreprises russes et qui se font aujourd’hui d’une discrétion de violette.

Amis Ukrainiens nous vous soutenons mais moralement uniquement faute de mieux, faute de courage, faute d’anticipation, faute de volonté, faute de combativité, faute de formation et de préparation et pour bien d’autres raisons, toutes aussi pauvres les unes que les autres.

Président Zélenski, votre attitude est admirable mais vos heures sont certainement comptées et vous le savez. Je ne doute pas que certaines de nos places ou de nos rues portent un jour votre nom !

Triste civilisation !!!

Triste Monde !!!

Jacques Lavergne

Editorial du 04 Février 2022

Les Jeux Olympiques d’hiver commencent : ça glisse au pays des merveilles !

Ça y est, tout le monde en parle, les chaînes de télévision sont prêtes en nous en inonder : les Jeux Olympiques d’hiver commencent. Bonne chose pourrait-on se dire, enfin une activité apaisée réunissant tous les pays du Monde. Certes, à part que les dits jeux vont se dérouler en Chine, dans les environs de Pékin.

Voilà sous la férule d’un président possiblement à vie, un pays totalement sous la domination d’un très efficace appareil étatique et policier, façonné par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, lesquelles permettent au régime d’exercer une cybersurveillance exacerbée de la population, rappelant irrésistiblement l’entité totalitaire décrite par Orwell dans son roman 1984.

Un régime qui embrigade et de verrouille complétement sa population, notamment par une totale maitrise des médias, de l’information et l’accès à celle en provenance de l’étranger. Un régime qui a mis le Tibet en coupe réglé ; qui a organisé un génocide des populations ouïghours (voir l’adoption en France par l’assemblée nationale, le jeudi 20 janvier d’une résolution dénonçant ce génocide des Ouïghours par la Chine) ; qui depuis longtemps menace d’envahir Taïwan, et multiplie provocations et survols de son espace aérien par ses avions de chasse ; qui a violé les engagements pris avec la Grande-Bretagne lors de la restitution de Hong-Kong et y a brisé brutalement toute contestation et tentative de vie démocratique.

La liste pourrait s’allonger si l’on se donnait la peine d’examiner les pratiques économiques intrusives voire agressives dont l’Empire dit du Milieu (tout un symbole !) use à l’égard de différents pays de part le monde, notamment afin de se procurer des matières premières dont il a un pressant besoin.

Ces Jeux constituent pour la Chine une vitrine permettant d’étaler sa puissance et de mener une opération de communication internationale. Voir peut-être même nationale. L’occasion de promouvoir son système politique dont elle voudrait assurer la supériorité, un régime que le Parti communiste chinois appelle la « démocratie socialiste » ou « populaire ». Des termes à l’évidence vide de sens pour qui veut bien examiner sérieusement la réalité.

Et pour couronner le tout, ses Jeux vont se dérouler à proximité de Pékin dans une région dont la sécheresse hivernale est bien connue. Autrement dit, ils dépendront entièrement des 300 canons à neige et des 100 générateurs de neige, pour un coût en eau estimé à 185 millions de litres, excusez du peu. Bref, on marche sur la tête. « Organiser des JO dans cette région est une aberration, c'est irresponsable", dénonce la géographe Carmen de Jong, de l'université de Strasbourg. "On pourrait aussi faire les JO sur la Lune ou sur Mars", ironise-t-elle.(cf. Le journal Le Monde)

Et c’est donc dans ce beau pays, respectueux de ses concitoyens, de la Terre, des droits de l’Homme, des autres pays composants notre planète que vont se précipiter athlètes (eux, on peut les comprendre – un petit peu), et responsables politiques de tous les pays, momentanément affectés d’une cécité totale, autrement appelée hypocrisie, voire bassesse ou manque de fermeté de caractère. Mais qualifiée de réalisme diplomatique et surtout économique par ceux qui tentent de nous gouverner…. Que voulez-vous, il faut bien sauver la face comme l’on dit là-bas.

Les Jeux Olympiques d’hiver commencent : ça glisse au pays des merveilles !

Jacques Lavergne 

Editorial du 02 septembre  2021

J’ai suivi avec plaisir les jeux olympiques mais je regarde avec encore plus d’intérêt les jeux paralympiques. Et je les regarde avec une admiration grandissante pour ces athlètes qui nous administrent là une superbe leçon de vie, de résilience, d’optimiste, d’abnégation, de volonté, de combativité, d’appétit de se dépasser et d’exister pleinement.

« Qu’on me rende manchot, cul de jatte, impotent,

   Qu’on ne me laisse aucune dent,

    Je me consolerai : c’est assez que de vivre. »

La Fontaine (1621 – 1695), Les Épitres de Sénèque.

C’était au 17ème siècle et le baron de Coubertin ne devait venir que bien plus tard…

Je veux voir dans ces jeux l’expression de la meilleure face de l’Homme, celle qui respecte les différences, qui s’efforce de donner à des êtres abimés par la vie, par la nature, les moyens médicaux, techniques, matériels, sportifs d’aller au-delà d’eux mêmes, d’exploiter les ressources que ces corps même diminués et amputés possèdent au plus haut niveau. Bien servis qu’ils sont par une organisation sophistiquée, ces femmes et hommes nous montrent des performances tout à fait fabuleuses que bien des gens en pleine possession de leurs moyens physiques seraient bien incapables de réaliser.

Ces sportifs nous permettent de prendre conscience que malgré le handicap, quel que soit son origine et son degré, la vie continue, qu’elle peut être belle, et que, sinon tout, du moins beaucoup, énormément même, reste encore possible. Ils nous montrent aussi par leurs gestes, leurs attentions, leurs attitudes entre eux, qu’au-delà des compétiteurs qu’ils sont tous au plus haut degré, il existe respect et fraternité. Enfin, nous voyons dans beaucoup de disciplines une mixité femme-homme qui ne peut que réjouir ceux qui veulent encore croire en la possibilité d’aller vers une civilisation évoluée, cultivée, ouverte, tolérante, créative qui placerait environnement et êtres vivants au centre de ses préoccupations.  

Et puis à côté de cela, le monde nous donne à voir l’exact contraire, en Afghanistan par exemple où aujourd’hui religion et totalitarisme se conjuguent pour organiser une régression aussi protéiforme que préoccupante pour les habitants du pays. Mais aussi dans bon nombre de pays (à commencer par le notre !) où inégalités sociales, règne de l’argent roi, essoufflement (euphémisme) de la démocratie et de la culture nous offrent le spectacle de civilisations bien peu attractives. Sans oublier bien évidemment et surtout, le pourrissement systématique d’une planète malade de pollution, d’un réchauffement climatique aux conséquences désormais aussi visibles que préoccupantes, et en butte à la déplétion des matières premières.

Alors raccrochons nous à l’exemple que nous offrent ces sportifs, à cette leçon d’humanité, afin de ne pas désespérer, et de poursuivre un travail qui s’apparente bien souvent à celui accompli par les Danaïdes !

Jacques Lavergne

Editorial du 12 juillet 2021     

Le chant choral et le cri du cochon

Ces mois d’été sont l’occasion d’innocents jeux collectifs. Dans un contexte estival festif les concours de cris d’animaux ont toujours eu un franc succès, et chacun sait que ce n’est pas l’imitation la plus délicate qui l’emporte, mais généralement c’est le plus bruyant et le plus spectaculaire comme le grognement du cochon ! C’est le lot des compétitions qui mélangent les genres, d’écraser les plus discrets.

Ce qui est ici une farce, est bien moins drôle quand les compétitions concernent notre environnement bâti. Dans notre pays, les concours d’architecture pratiquent la même diversité des genres, matériaux, formes, styles. On recherche le « geste architectural » qui est l’avatar de notre cri du cochon, celui qui écrase par sa démesure, les sons des plus modestes.

Mais ici on change de registre, les prouesses formelles par cette méthode d’attribution, ont produit depuis un demi-siècle une diversité qui a pu apparaitre un temps comme progrès pour lutter pour une soi-disant uniformité, mais qui se révèle aujourd’hui responsable d’un environnement bâti chaotique et incohérent. De plus ces compétitions ont changé la profession en copiant le climat hystérisé des modes vestimentaires consuméristes. Cette diversité individualiste a fait exploser les mouvements stylistiques qui régulaient jusqu’alors les formes.

Mais la question fondamentale est celle de la demande de la population. Le succès de notre patrimoine architectural, c’est celui des villages, une harmonie simple et répétitive, et des grandes villes, qui avec les mêmes matériaux répètent des compositions et des mêmes motifs d’architecture. C’est l’image d’une chorale où les individus s’effacent pour atteindre l’harmonie collective, loin de la cacophonie des juxtapositions des édifices contemporains. Pour prolonger la métaphore sonore, l’unité de la chorale sert à mettre en valeur le soliste qui est l’équivalent de l’édifice institutionnel se détachant de l’unité du bâti.

Le monde musical a su maintenir cette continuité à travers le répertoire classique et sa mise en valeur notamment par la réhabilitation du répertoire baroque. On ne peut qu’être étonné de voir la légèreté avec laquelle se font aujourd’hui les choix architecturaux importants qui ne concernent pas seulement le présent, mais le futur sur des générations. Des décisions hâtives trouvant prétexte dans de nobles causes contemporaines pour régir les hauteurs, la densité du bâti, la circulation, les répartitions sociales, le mobilier urbain… toutes choses qui vont modifier notre environnement et qui ne font l’objet d’aucun débat. Des procédures expéditives de concours opaques, qui appliquent stupidement la règle du secret des délibérations pour un jury d’assises à des délibérations qui devraient être justement rendues publiques, commentées, débattues.

La métaphore du chant choral appliqué aux formes des villes et des villages montre que le souci de se fondre dans un ensemble prime sur l’individu. Le soliste reste l’exception, et un chœur de solistes jouant chacun sa partition est inaudible, inintelligible, ce qui est le cas de notre environnement bâti contemporain. Cette leçon sur l’harmonie musicale qui traverse les siècles est splendidement expliquée par Audrey Marchal dans son émission sur les Indes Galantes de Rameau. Une leçon de cohésion sociale que l’art le plus virtuel, le plus insaisissable, la musique, donne à l’architecture qui est son exact opposé, l’art le plus lourd, le plus matériel. Rêvons que le chant choral des bâtiments couvre les cris du cochon.

 Jean-Pierre Estrampes

Editorial / 5 juillet 2021

Le Monde a publié à l’occasion du 100e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois créé à Shanghaï le 1er juillet 1921, une tribune fort pertinente du député européen bulgare Ilhan Kyuchyuk, interdit de séjour en Chine depuis ses prises de position contre la répression des Ouïgours Dans celle-ci, le député retrace l’histoire du régime totalitaire et les erreurs des pays occidentaux à son égard.

Outre l’aspect historique de ce texte qui rappelle opportunément les pratiques antidémocratiques (euphémisme) du parti communiste chinois dans l’histoire, il permet de nous interroger sur celles qui ont cours aujourd’hui sous la houlette du dirigeant de ce pays, Monsieur Xi Jinping. Et force est de reconnaître que celui-ci poursuit les méthodes éprouvées par ces glorieux prédécesseurs, peut-être même en les sophistiquant et en les systématisant. Elimination des proches d’anciens dirigeants sous prétexte de corruption, emprisonnement par centaines en 2015 des avocats défenseurs des droits civiques, le Prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, mort en détention en 2017 pour avoir refusé d’oublier les victimes du massacre de la place Tiananmen en 1989, des dizaines d’intellectuels, de scientifiques, d’acteurs de la société civile en Chine ont été arrêtés et condamnés à de longues peines de prison. La liste des exactions commises par la dictature chinoise est longue et nous sommes loin de savoir ce qui se passe réellement dans ce pays si bien verrouillé par une dictature qui s’appuie sur le contrôle de sa société à l’aide de dizaines de millions de caméras de surveillance et de drones.

Sans oublier bien sûr le traitement réservé aux minorités ethniques telles que les Ouïgours, les Kazakhs, les Ouzbecks, systématiquement persécutées ; le Tibet envahi et mis en coupe réglée, Hong Kong repris en mains en violant les accords signés avec le Royaume Uni ; Taïwan en permanence menacée et en butte à des provocations militaires grossières. Des exactions que le reste du Monde regarde en les condamnant mezzo voce parfaitement conscient de sa totale impuissance à agir pour améliorer le sort de tous ceux que ce régime totalitaire opprime. Une impuissance induite par la taille du pays mais surtout par la fabuleuse puissance économique qu’il est devenu en grande partie grâce au développement prôné dans ce domaine par Deng Xiaoping au début des années 1980. La Chine est devenue pour tous le partenaire commercial incontournable, un colossal marché et un pays dont nous sommes dépendants puisque beaucoup de nos industriels, désireux de produire à moindre coût quelles qu’en soient les conséquences sociales dans leur propre pays, ont délocalisé leurs activités dans l’empire du milieu. Moyennant quoi, quand la Chine s’enrhume, le reste du Monde est malade, voyez ce qui s’est passé lors de l’épidémie de Covid, d’ailleurs venue de Chine comme d’autres avant elle.

Mais, l’influence délétère de ce pays ne s’arrête pas là. Comme la fort bien exprimé le Président Biden les ambitions chinoises visent aujourd’hui à dominer le monde, ambitions parfaitement claires depuis le lancement par le Président Xi Jinping de son projet des « nouvelles routes de la soie ». Elle a purement et simplement « infiltré », voire « noyauté », économiquement un certain nombre de pays aux économies vacillantes ou en développement, de l’Asie à l’Amérique latine, de l’Afrique à l’Europe. Achats d’entreprises ou prises de participation, constructions d’infrastructures gigantesques (et déstabilisant le pays hôte, voir le Monténégro), achats de ports et d’aéroports (voir Toulouse-Blagnac) ou d’autres équipements publics…..

Bien évidemment, toutes protestations qu’elles soient en faveur des droits de l’Homme ou visant à contester ces politiques d’implantations agressives s’attirent des rétorsions, des pressions diverses, des « punitions » économiques immédiates, accompagnées des glapissements faussement outrés et sans retenue aucune des ambassadeurs chinois locaux (voir récemment les déclarations agressives et tonitruantes de l’ambassadeur chinois en France). Certains pays tel par exemple l’Australie sont en plein bras de fer économique avec celui qui se veut être « l’empire du milieu », appellation qui est à elle seule tout un programme ! Face au chantage exercé par la Chine, le premier ministre conservateur, Scott Morrison a fermement déclaré :  « Nos valeurs ne se négocient pas. Notre démocratie ne se négocie pas. Notre souveraineté ne se négocie pas ! ». Il en va de même de l’Italie qui se montre plus vigilante qu’auparavant sur les investissements chinois dans ses entreprises. Par deux fois en quelques semaines, le président du conseil, Mario Draghi, a opposé son veto au rachat de deux entreprises, en utilisant un arsenal juridique oublié depuis longtemps de l’autre côté des Alpes. Progressivement, la Péninsule tente de contenir l’insatiable appétit de Pékin.

L’Europe ferait bien de s’inspirer de cet exemple, de réfléchir à la meilleur manière de contrer le déraisonnable et agressif expansionnisme chinois. Et de parler fermement d’une seule et même voix à une dictature chinoise qui représente aujourd’hui une menace pour la paix dans le Monde.

Jacques Lavergne

Cf. pour aller plus loin les articles sur cette question du journal Le Monde des 8 juin, 2 et 3 juillet 2021.

Editorial / 28 juin 2021

L’architecte et le conciliateur

La nouvelle Présidente de l’Ordre National des Architectes a comme programme « Réconcilier l’architecture et la société ». Ce slogan m’inspire quelques réflexions. Tout d’abord pour se réconcilier, il faut qu’il y ait eu une rupture, et aussi savoir pourquoi ? Et si rupture il y a eu, à quel moment a t’elle eu lieu ?

Pourtant hors de cette période d’immobilisation due à la crise sanitaire, notre pays, première destination touristique mondiale, a vu ces dernières décennies la fréquentation touristique de son patrimoine architectural, augmenter. De la même manière les programmes télévisés sur le sujet, suscitent toujours de plus en plus d’intérêt. Je ne vais pas faire le faux naïf, quand la Présidente de l’Ordre des Architectes parle d’ « architecture à réconcilier avec la société », il s’agit pour elle, de celle qui se construit aujourd’hui en France, et pas de notre patrimoine architectural. Et c’est bien cela le problème.

Quand l’Ordre des architectes trouve des formules alambiquées du type (je cite toujours) : « L’architecture discipline culturelle et transversale, est porteuse de solutions pour répondre aux enjeux sociaux et climatiques actuels », je pense que si l’on veut parler au plus grand nombre, il faut choisir de parler à la fois de manière claire et de répondre aux attentes. Vouloir « concilier l’architecture et la société », c’est aussi comprendre les demandes de l’interlocuteur, qui est l’utilisateur, l’habitant, le commanditaire. Et le nœud de l’histoire, soyons clairs, ce n’est pas à la société à se réconcilier avec l’architecture, mais à l’architecture, disons aux architectes actuels, à se réconcilier avec la société.

Le Mouvement Moderne du vingtième siècle ne s’était pas beaucoup interrogé sur les désirs des gens dans la mesure où il répondit au même titre que les progrès de la médecine à une carence d’hygiène et de confort qui était alors dans une demande généralisée. A la fin des années 70, une grande partie de cette demande de constructions, logements, édifices publics, ayant été satisfaite, les jeunes architectes d’alors, voulurent faire une rupture. Ce sera donc l’architecture « post moderne », une architecture d’auteur, qui sera alors généralisée d’une manière autoritaire par l’obligation des concours de projets. Cette nouvelle manière individualiste, va instaurer par la force de la concurrence, une surenchère de fantaisies formelles toujours en vigueur aujourd’hui.

En parallèle avec les concours va se développer une technostructure tentaculaire dans ces domaines qui faisant croire a une complexité nouvelle, va créer un dialecte opaque et mystérieux, hors du débat public. Les élus vont perdre le pouvoir réel sur l’architecture et l’urbanisme. Et pour les insatisfactions des habitants, on invoquera alors le manque de culture architecturale des populations.

Les écoles d’architecture vont relayer aussi cette idée d’éducation/rééducation du public pour des choix de société relevant jusqu’alors du politique et pas de la profession d’architecte : densité et déplacements, mixité sociale et fonctionnelle…Des choix par ailleurs, le plus souvent à l’opposé des désirs des populations.

Pourtant, l’architecture comme toutes les formes artistiques, devrait pouvoir être jugée, évaluée, critiquée. Il y a aujourd’hui comme toujours dans l’histoire, des bâtiments de qualité, d’autres ordinaires et aussi de très laids et inadaptés à leur fonction. Parler d’architecture ne suffit pas, si on ne précise pas les niveaux d’exigence, de qualité et de beauté. Ce qui est normal dans le cinéma, dans la musique, dans la littérature où les spectateurs et les lecteurs manifestent leurs critiques, leur intérêt, n’existe plus pour l’architecture. Cette discipline évite aujourd’hui toute évaluation critique en se donnant des objectifs invérifiables que sont le climat, l’écologie, la biodiversité....

Car en faisant cela, l’architecture passe au-dessus de son rôle premier qui est de créer des lieux habitables, des espaces collectifs lisibles et fonctionnels, tout en donnant une cohérence et une lisibilité au territoire où nous vivons. Et pourrait-on ajouter dans sa mission, de retrouver une identité symbolique régionale comme ce fut le cas dans les époques passées. Alors, nul besoin, de réconcilier, de concilier, de conciliateur, si ces objectifs sont poursuivis.

Jean-Pierre Estrampes le 28 juin 2021

Écouter son émission "Où nous vivrons demain"
sur : https://www.espritoccitanie.fr/

Editorial / 20 juin 2021

Beaucoup imagine Venise comme une ville musée, un espèce de Disney Land, parcouru au pas de course par des hordes de touristes mal éduqués, occupés à faire des selfies avec leur smartphone coincé au bout d’une perche, descendus de gigantesques navires de croisières venant pourrir et polluer lagune et cité. Et notamment des chinois trottinant en rangs serrés derrière leur guide en parlant fort, bousculant les gens et crachant par terre. Et la vérité impose de dire que cette vision des choses est malheureusement exacte.

Enfin en partie.

Car Venise est tout sauf une ville figée, uniquement habitée par l’histoire et des gardiens de musée. La Sérénissime plonge allégrement dans la modernité, dans l’innovation, dans l’avenir. Les exemples ne manquent pas. Je n’en retiendrai qu’un pour illustrer mon propos, la 17ème Biennale d’architecture dans son édition 2021 dont le titre est celui-ci : « Comment vivrons nous ensemble ». Une biennale qui accueille 61 pavillons et 112 participants venant de 46 pays. Et qui a pour ambition de combattre la désertification des centres villes et l’abandon par leurs habitants, l’augmentation des prix de l’immobilier, le cancer de la spéculation immobilière.

Avec comme constat que la construction traditionnelle est très nuisible pour le climat et que le secteur du bâtiment fait partie des grands pollueurs. Selon Jan Knippers, ingénieur et enseignant à l’université de Stuttgart « le secteur du bâtiment est un des principaux champ d’action dans le combat climatique » ; et d’ajouter « 30 à 40 % des émissions de CO2 sont dus à la construction et au fonctionnement des bâtiments » Et une autre participante de cette manifestation, l’architecte néerlandaise Caroline Nevejean, d’enfoncer le clou : « Avec un changement climatique de 2 %, il reste seulement 8 à 9 ans pour agir ».

Il faut donc faire évoluer les choses, devenir plus verts, nous rapprocher dans des villes qui se resserrent, où nous devons vivre à la fois ensemble et séparément. Voir nos cités comme des espaces de vie et pas uniquement des espaces de consommation. Autrement dit changer la manière de penser, voire les choses différemment, faire preuve d’audace et de créativité, repenser les matériaux de construction. Et faire nôtre le crédo de la 17ème biennale  d’architecture : rien n’est impossible !

Cette dernière se propose de déterminer les valeurs qui nous permettront de survivre au 21ème siècle. L’on voit par là que cette ville, surgit d’un prestigieux passé, regarde résolument vers l’avenir, elle qui pourrait être une des victimes de la montée des eaux consécutive à l’aveuglement des hommes et à leur obstination déraisonnable. Comme ne pas penser à Eric Rohmer qui écrivait plaisamment en 1955 « il faut supprimer la peine de mort, sauf contre les architectes ». Un jugement bien sévère à l’égard de qui n’en méritent pas tant. Certainement eut-il été plus opportun d’écrire « il faut supprimer la peine de mort, sauf contre les promoteurs ».

Allez, réécoutez Jacques Dutronc et son Petit Jardin, tout y est dit si joliment !

https://www.youtube.com/watch?v=Z8O_XEggIMs

 

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 21-06-21

Editorial N°4 du 6 Juin 2021

Les langues régionales

Avec beaucoup de régularité, le débat sur les langues régionales, leur enseignement, le financement de celui-ci, l’implication de l’Education Nationale, font débat. Corses, Bretons, Occitans, Basques, Catalans et j’en oublie certainement notamment les Outre-mer, essayent de se faire entendre d’un pouvoir central qui met tout en œuvre pour affaiblir et marginaliser ces langues. Comme à son habitude le Président Macron avait fait des promesses en la matière, son ancien premier ministre aussi ; comme à son habitude le Président Macron n’a pas tenu ses promesses.

Sous l’impulsion du député de la 4ème circonscription du Morbihan Paul Molac du groupe Libertés et territoires, la proposition de loi dite de « protection patrimoniale et promotions des langues régionales » avait été adoptée dans un relatif enthousiasme par l’Assemblée Nationale. Et ce malgré les réticences du gouvernement et de bon nombre de députés LREM. Le texte sanctifiait l’enseignement dans sa forme immersive. Des formations immersives qui se font en une seule langue (dans ce cas, langue régionale), le français s’introduit progressivement et l’enfant est bilingue à la fin du primaire : ainsi le pratiquent les écoles Diwan en Bretagne, Calandreta en Occitanie et les Ikastola au Pays basque.

Soixante et un députés de la majorité – LREM, Modem et Agir – ont saisi le Conseil Constitutionnel malgré le vote de leurs collègues, avec l’aide précieuse, voire l’active complicité, du ministre Blanquer et de son cabinet, ainsi que celle de la député LREM des Yvelines Aurore Bergé. Le Conseil a déclaré inconstitutionnels deux articles phares de cette loi visant à promouvoir et à protéger les langues régionales : l’enseignement immersif en langues régionales dans les écoles publiques et l’utilisation des signes diacritiques dans les documents d’état civil, comme le tilde. Exit donc le caractère immersif de l’enseignement, pourtant fondamental et dont les preuves de l’efficacité éducative ne sont plus à faire. Une fois de plus les Jacobins et les amoureux d’une uniformit&eacut

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article