L'éditorial de Jacques Lavergne (Cliquez)


16 janvier 2023

L'Editorial du 16 janvier 2023

Les Français ne sont ni des Chinois, ni des enfants, ni des demeurés…

La France va se déchirer pendant des temps encore indéterminés sur la réforme des systèmes de retraite voulue par le Président de la République. Une réforme subie, imposée par un pouvoir qui joue sur la lassitude des Français préoccupés par d’autres problèmes du quotidien : guerre à nos portes, inflation, pouvoir d’achat, dégradation accélérée de la Planète. Un pouvoir qui pour être sûr de parvenir à ses fins – faute de majorité - se livrent à des tractations politiciennes avec d’autres partis – notamment Les Républicains - et transforme ainsi cette réforme en une basse manœuvre politicarde. Laquelle pourrait bien faire le lit de l’extrême droite.

Politique qui est de facto un repoussoir absolu pour 78 % de la population hostile à cette réforme. Un chiffre extrêmement élevé qui s’explique pour partie par un colossal déficit de pédagogie, d’explications, d’argumentation, de recherche de consensus dont il est vrai que celui-ci n’est pas une spécialité française, et encore moins celle d’E. Macron. Un chiffre qui s’explique aussi par le sentiment diffus mais persistant qui veut que cette réforme ne pèse pas sur tous les Français de la même manière, autrement dit que la justice et l’égalité n’ont pas été ses principes directeurs. Et de fait, elle sera indolore pour l’électorat habituel de Monsieur Macron, les cadres, les retraités, le patronat ; mais elle frappera les ouvriers et les employés ayant commencé tôt leur carrière.

Nous faisons pâle figure face à bon nombre de nos voisins européens qui ont procédé avec efficacité à de semblables réformes (allongement de la durée de cotisations, parfois baisse des pensions) sans déclencher pour autant des passions exacerbées. La Suède par exemple y a dédié une commission parlementaire composée de tous les partis politiques qui, après dix ans de travail (!), a adopté une réforme à l’unanimité. Mais il est vrai que nos voisins nordiques, notamment la Suède déjà évoquée et la Finlande, ont procédé à des réflexions globales sur le monde du travail, lesquelles les ont conduits à réformer profondément la formation, l’emploi, les conditions de travail.

Un exemple que nous devrions suivre, comme l’explique Bruno Palier, directeur de recherche CNRS à Sciences Po, interviewé par la magazine le 1 : « Plutôt que d’ajouter une énième réforme des retraites impopulaires, il faudrait se donner les moyens de réformes structurelles de notre système éducatif, de soutien aux jeunes et aux familles, se donner pour ambition l’amélioration de la qualification de la population et de la qualité des emplois, ce qui permettrait d’accroître les ressources du système de retraite, ainsi que des carrières naturellement plus longues. »

Si l’on y ajoute une véritable politique de l’emploi des seniors, basée sur la qualité des conditions de travail, la formation permanente permettant de maintenir les compétences et d’en acquérir de nouvelles, nous avons là un programme de travail et de réflexion qui, mené dans le temps et consensuellement, pourrait, lui, aboutir à une vraie réforme du monde du travail et des retraites.

Car réforme n’est pas en soi un mot tabou. Dans un monde et des sociétés qui évoluent à grande vitesse – et pas toujours dans un sens favorable à l’amélioration de la vie humaine – il paraît naturel de suivre le mouvement, car, nous le savons depuis Charles Darwin  « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. »

Nos sociétés occidentales vieillissent depuis des décennies, la fécondité s’y ralentit alors que la médecine y a permis de considérables progrès de longévité : c’est là une vraie question. Moins de cotisants et plus de bénéficiaires à servir, pas étonnant dès lors que le poids financier des retraites s’accroisse ; surtout dans notre pays où nous sommes depuis longtemps les derniers de l’OCDE en matière de durée de vie active.

Il est donc urgent de repenser le cadre de nos conditions d’existence laborieuses : le travail, sa place, sa valeur, sa finalité, sa durée, ses conditions d’exercice. De se demander si nous voulons être marxiste et nous libérer par le travail ; ou bien marcusien et nous libérer du travail. De déterminer ensemble dans quelles conditions nous souhaitons travailler et faire évoluer notre société avec toujours à l’esprit deux principes fondamentaux : solidarité et justice. Les dispositions en matière de retraite en découleront naturellement.

Près de 80 % de nos concitoyens demandaient l’interdiction de la chasse le dimanche afin de pouvoir se promener sereinement : le Président a ignoré cette revendication et a proposé de ridicules mesurettes bureaucratiques totalement déconnectées de la réalité du terrain. Près de 80 % de nos concitoyens rejettent la réforme des retraites qui leur est proposée : le Président veut l’imposer balayant d’un revers de main leurs objections, leurs craintes et celles des partenaires sociaux, faisant comme à l’accoutumée montre de ce que le Président de la Commission des affaires Etrangères à l’Assemblée Nationale, Jean-Louis Bourlanges, appelle justement son « individualisme bonapartiste ». 

Et bien cela suffit, il est temps d’écouter « les gens ». Les Français sont râleurs, indisciplinés, raisonneurs mais ils ont aussi des qualités de réflexion et de bon sens.  Nous ne sommes ni des Chinois, ni des enfants, ni des demeurés : il serait bon que Monsieur Macron s’en aperçoive !

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / Les Masseries le 16 janvier 2023

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